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Blog r�f�renc� par Marianne2007.info




L’EXPRESSION MUSSOLINIENNE DU FASCISME

Benito Mussolini est le produit de ces influences et de ces contextes. Il est LE fondateur du fascisme en tant qu’expression politique.

Un homme de la gauche “maximaliste”
Fils d’une famille pauvre, il s’élève par les études, fera l’Ecole Normale, puis des études universitaires pour devenir professeur de français, il parlait aussi l’allemand et l’anglais et lisait Nietzsche dans la langue de l’auteur. Son père lui a transmis une culture politique révolutionnaire, mélange de national-jacobinisme mazzinien et de la geste garibaldienne. Il fut enseignant et journaliste après divers emplois manuels pendant et après ses études. C’est un homme de la campagne, brutal et toujours prompte à la bagarre. Engagé tôt dans la politique, il s’inscrit dans la gauche « maximaliste » du Parti Socialiste Italien (5). Républicain, athée, voyant dans l’éducation, l’accès à la culture et la modernisation industrielle les moyens d’élévation des catégories populaires, sensible à la violence comme méthode d’action et de réussite politique, il est notamment un lecteur de Nietzsche, d’Annunzio, Sorel, des anarcho-syndicalistes Labriola et Alceste Ambris, du grand sociologue Vilfredo Pareto (théorie des 80/20, la méthode “logico-expérimentale”, notion des “résidus”), et de Marx. Concernant ce dernier, il sera toujours plus proche d’un socialisme d’Etat, « prussien », à la Oswald Spengler (6), que d’un Marx voyant dans le libre-échange, le libéralisme et le capitalisme les éléments civilisateurs.

La transformation par la guerre
Au sortir de la guerre, c’est un homme qui rassemble en lui ce sentiment de fraternité et de solidarité par delà les catégories sociales et culturelles des tranchées, il a connu la violence de la guerre, ressent une fierté nationaliste de la victoire mais aussi de la rancœur par cette « victoire mutilée » de l’Italie (qui n’obtient pas les territoires promis par les Alliés lors de son entrée en guerre), il voit en son pays une « nation prolétarienne ». Il saura comprendre ses ressentiments et ceux de ses compatriotes pour en faire sa partition.
L’Italie sort exsangue des conflits mais est un pays agité par la violence des « rouges », craignant la révolution, les usines sont la plupart du temps en grèves, les terres sont souvent occupées, le peuple est pauvre et n’a pas accès à l’éducation, le pouvoir politique et économique est détenu par une aristocratie et une grande bourgeoisie jugées « décadentes » et « ploutocratiques », la crise économique et sociale est violente. De plus, s’il y a un Etat italien après le mouvement du « Mezzogiorno » du siècle passé, la nation italienne n’existe pas, et cet Etat est passé à côté de la révolution industrielle. Le Sud est agricole et appartient à quelques grands propriétaires qui investissent leurs immenses bénéfices dans… les industries du Nord !
Mussolini devient rapidement un étranger pour le Parti Socialiste Italien. Il n’est pas un pacifiste, veut mettre « le peuple au pouvoir » et apporter le progrès social, et est prêt à utiliser la violence pour cela : il veut créer une nation italienne moderne et unie qui dépasse les luttes de classes.
Autour du journaliste (« Il Popolo d’Italia ») se rassemble des anarcho-syndicalistes, des nationalistes, des anciens combattants, des francs-maçons, des juifs, des athées, les futuristes de Marinetti, républicains radicaux, classes moyennes craignant la prolétarisation et le péril rouge, jeunes bourgeois sortis de la guerre en manque d’action. Une génération entière, passée par le moule de la guerre, n’a de goût que pour l’ultime et le radical…

Création du “fascisme”
Ils veulent instaurer une « dictature du développement » (7), créer une nation italienne, briser les communistes et leur lutte des classes, instaurer la république, diriger l’économie capitaliste : seul doit être l’Etat. « Ce n’est pas la nation qui engendre l’Etat… bien plutôt ! C’est la nation qui est engendrée par l’Etat et qui donne au peuple conscient de sa propre unité morale une volonté et par conséquent une existence réelle » (8). Il s’agit de lutter à la fois contre le danger communiste et l’individualisme libéral qui ferait le lit des rouges : « Anti-individualiste, le fascisme est donc opposé au libéralisme classique qui naquit de la nécessité de réagir contre l’absolutisme et a ainsi épuisé sa fonction historique dès l’instant où l’Etat prit conscience de soi et devint volonté populaire. Le libéralisme refusait que l’Etat œuvrât pour autre chose que pour l’intérêt de l’individu particulier : le fascisme réaffirme que l’Etat est la vraie réalité de l’individu » (9).
C’est sur ces concepts que sont créés les « faisceaux italiens de combat », pour provoquer une « révolution fasciste » (10) : créer un Homme nouveau, un Italien dominant son environnement et respecté partout dans le monde, puisant dans le passé de la gloire romaine la glaise fantasmée pour former un avenir viril.
Ces adeptes du coup de force, notamment contre les « rouges », vont progressivement moins inquiéter ceux qui étaient naguères traités de « ploutocrates ». Ces derniers deviennent même leurs bailleurs de fond, et Mussolini tempère son programme politique. Le nationalisme révolutionnaire évolue et se rapproche de Corradini, l’anticapitalisme premier et la volonté de nationalisation des industries se transforment en conservatisme d’Etat, et le mouvement se militarise avec ses « squadristes », sorte de milices armées.
Au fur et à mesure, le fascisme italien croît, jusqu’à prendre le pouvoir en 1922 par un coup de force (« La marche sur Rome »)… encadré par les institutions.
En seulement 4 ans après la guerre, 5 après la prise de pouvoir de Lénine, le fascisme est au pouvoir en Italie, et suscite des vocations ailleurs en Europe !

Je ne vais pas ici faire l’histoire de l’Italie mussolinienne, bien des ouvrages, dont quelques uns ici cités, sont présents pour cela. Simplement, rapidement, Mussolini va mettre en place les lois dites « fascistissimes », lui accordant les pleins pouvoirs, mettant au pas ainsi ceux qui le finançaient, éliminant toute opposition et expression divergentes, s’appropriant l’Etat, créant les corporations, et prenant en main l’Italien de la naissance à la mort (organisations de jeunesses, fêtes fascistes, corporations, culture, éducation, « samedi fasciste », etc.).
Il est vrai que la mafia a failli disparaître avec le pouvoir fasciste, les gamins vont à l’école, les classes populaires ont accès à la culture et aux sports (création des premiers comités d’entreprises, « Dopolavoro »), l’environnement social progresse (« fonds nationale des assurances sociales », temps de travail passé à 40 heures, « trains populaires » avec réduction de 70 % des billets le dimanche), les industries (automobile, aéronautique, construction navale, armement, etc.) connaissent un grand essor, les particularismes régionaux s’effacent devant la création de la nation italienne, la lire devient même une monnaie forte, et une sorte de « révolution verte » est mise en place (assèchement de marais, distribution de terres, mécanisation). La crise de 1929 est un peu moins forte qu’ailleurs du fait d’une forte politique d’intervention de l’Etat. Etre Italien devient une fierté par un mélange de propagande nationaliste et de quelques réussites sociales et économiques.

Toutefois, l’Italie reste un pays agricole aux revenus faibles pour la masse paysanne, les industries ne sont pas encore au niveau des économies européennes développées. Le pouvoir de Mussolini n’est pas « total » comme pour des Lénine puis Staline, et Hitler : il y a un roi et un Pape… Le Grand Conseil Fasciste est un lieu de discussions où le Duce peut connaître la contradiction, comme ce sera le cas lors des lois antisémites. Bien sûr, il s’agit malgré tout d’une dictature, il ne faut pas se leurrer : la contradiction se devait d’être mesurée, sinon…

Surtout, la politique extérieure prend le pas sur la politique intérieure. « Parti unique, Etat parti, Etat partisan » (11). L’échec du fascisme, italien en particulier, et de façon redondante dans ses autres expressions, se révèle par une politique extérieure belliqueuse, endogène à la pensée fasciste : son nationalisme est empirique.

(5) Pierre Milza, « Mussolini », Fayard
(6) Oswald Spengler, « Prussianité et Socialisme », Actes Sud
(7) Pierre Milza, « Les fascismes », Imprimerie nationale
(8) Benito Mussolini, « Il tempo del bastone e della carota », Firenze libri
(9) ibid
(10) George L. Mosse, « La révolution fasciste », Seuil
(11) Raymond Aron, « Démocratie et totalitarisme », Folio

La question se pose sérieusement. A l’élection régionale de Sardaigne du week end dernier, les listes de Forza Italia étaient conduites par un parfait inconnu, dont le seul titre de gloire était d’être le fils du conseiller fiscal du pirate Berlusconi. Un gage de probité ! En face les listes de gauche étaient conduites par le président sortant, Renato Soru, une certaine stature tout de même puisqu’il était avant son entrée en politique le PDG de Tiscali, seule entreprise sarde à stature internationale.

Il aura suffi à Berlusconi de venir en personne à de nombreuses reprises dans les meetings pour faire en sorte que Forza italia écrase complètement ses concurrents. Mais, à part la réponse facile sur sa mainmise sur tous les médias, comment se fait-t-il que ce type, en pleine crise économique, en accumulant gaffe sur gaffe, en se couvrant régulièrement de ridicule à l’échelle internationale, garde un tel crédit dans l’électorat ?

C’est vrai que Renato Soru s’est certainement mis en danger en lançant la création d’un conservatoire du littoral sarde sur le modèle de celui qui fonctionne en France, car cela touchait beaucoup d’intérêts économiques. C’est vrai aussi qu’il a certainement fait les frais de règlements de comptes à gauche, car l’élection du secrétaire régional du Parti démocrate a laissé beaucoup de traces (c’est d’ailleurs pour cette raison, pour éviter une candidature concurrente à gauche, que Soru avait anticipé l’élection). C’est vrai encore que la gauche italienne est, tout comme la nôtre, bien en panne d’idées. Notons d’ailleurs au passage, amis démocrates, que le nouveau secrétaire national du Parti démocrate est un démocrate, puisque Dario Franceschini vient de la Margherita, parti de Rutelli - le nouvel allié du Modem au parlement européen.

Selon moi toutefois tous ces facteurs ne peuvent expliquer la largeur de la victoire de la droite à cette élection. Il faut croire que le style complètement décomplexé et populiste de Berlusconi répond à une attente profonde des électeurs. Sarkozy fait figure d’amateur du genre… Dans ces conditions je ne vois pas ce qui pourrait empêcher Berlusconi d’obtenir le dernier mandat qui lui manque : celui de président de la République italienne. Pour l’instant, ni à gauche, mais ni à droite non plus, il n’a de concurrent…

Juste avant de partir loin en famille, indignation personnelle après avoir vu dans Le Monde la photo de ces deux corps d’enfants morts gisant sur une plage napolitaine, têtes recouvertes d’une serviette de bain devant (certains seulement paraît-il) estivants indifférents poursuivant leur farninente ou leurs activités balnéaires.

Enfants Roms , petites filles seules sur la plage , qui avaient voulu se rafraîchir dans la mer mais ne savaient pas nager et se sont noyées.

Indifférence et hostilité envers un peuple maudit, rejeté et accusé de tous les maux. Enfants compris.

Je repense aussi aux abrutis (généralement des mecs) qui ont « oublié » leur enfant dans leur voiture au soleil pendant une demie ou une journée. Enfants aujourd’hui privés de vie.

Les parents sont dit - on en « état de choc ». Et l’état de connerie ça n’existe pas ?

Enfants martyrs, prostitués, violés, bébés « secoués », enfants oubliés dans une voiture ou morts sur la plage , enfants assassinés lorsqu’un conjoint ne veut pas revenir, enfants morts de faim. Je rends hommage à votre mémoire innocente. Je pense aussi à Audrey, adolescente, qui n’est plus.

A part cela la vie est belle ! Bonnes vacances à toutes et tous, ci-dessous un beau texte sur l’enfance libre :

Né quelque part

On choisit pas ses parents,
on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus
les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour apprendre à marcher
Etre né quelque part
Etre né quelque part
Pour celui qui est né
C’est toujours un hasard
Nom’inqwando yes qxag iqwahasa {2x}

Y a des oiseaux de basse cour et des oiseaux de passage
Ils savent où sont leur nids, quand ils rentrent de voyage
Ou qu’ils restent chez eux
Ils savent où sont leurs œufs

Etre né quelque part
Etre né quelque part
C’est partir quand on veut,
Revenir quand on part

Est-ce que les gens naissent
Egaux en droits
A l’endroit
Où ils naissent

Nom’inqwando yes qxag iqwahasa

Est-ce que les gens naissent Egaux en droits
A l’endroit
Où ils naissent
Que les gens naissent
Pareils ou pas

On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour apprendre à marcher

Je suis né quelque part
Je suis né quelque part
Laissez moi ce repère
Ou je perds la mémoire
Nom’inqwando yes qxag iqwaha.sa
Est-ce que les gens naissent…

Maxime Le Forestier

Avec un peu de recul désormais, il n’y a pas en soi grand-chose à dire sur la victoire de Berlusconi en Italie tant il s’agit là d’une victoire par défaut. Tout juste peut-t-on signaler que pour une fois, dans un contexte de ras-le-bol identique à celui que nous avons connu en 2002, la personnalité controversée du Cavaliere aura accéléré la bipolarisation, de telle sorte que pour une fois la coalition au pouvoir semble solide. En tous cas il n’y a pas de valeur ajoutée à joindre sa voix à celle des loups qui hurlent sans relâche contre Berlusconi, car en réalité, dans sa propre coalition, il n’est pas le plus inquiétant. L’alliance nationale, qui a rejoint son parti (et a gagné Rome), et plus encore la Ligue du Nord sont autrement plus dangereux, et il y a des questions à se poser sur qui prendra la relève de Berlusconi ensuite… Ce sera probablement pire…Espérons au moins que cette coalition s’attaquera enfin à la nécessaire réforme des institutions. Notons d’ailleurs que le système italien montre à peu près les limites à ne pas franchir en matière d’introduction de la proportionnelle (outre l’écueil bien connu de l’instabilité qui en résulte, ce que les italiens envient à notre système c’est le coté uninominal de notre scrutin, car ils n’en peuvent plus de voir les partis recycler des gens qui trainent des casseroles).
Non en réalité je retiendrais plutôt de cet épisode deux autres faits, bien différents l’un de l’autre…
Tout d’abord le retrait de la vie politique de Romano Prodi, à qui le collectif du Blog du democrate ne peut que tirer son chapeau. Ne serait qu’en raison de ses nombreuses similitudes avec notre Raymond Barre : européen convaincu, universitaire et économiste, refusant d’adhérer pleinement à un parti, catholique pratiquant, jusqu’à une certaine apathie (qui le mettait en difficulté face à la verve de Berlusca). Le journal La Croix lui a d’ailleurs consacré deux plaines pages il y a une semaine, soulignant aussi le rôle important qu’il a joué pour permettre aux chrétiens de travailler avec la gauche laïque, dans un pays longuement marqué par cette séparation. Je ne crois pas qu’il avait cette fois-ci un bon bilan (son action se résumait à une application des canons libéraux de la Commission européenne qu’il a lui-même présidé), ses difficultés de communication devenaient de plus en plus handicapantes, mais son action d’ensemble laissera une vraie trace dans l’histoire européenne. Souhaitons donc qu’il ait été la dernière victime de ce système électoral.
Tant que je suis dans les comparaisons, je voulais en esquisser une autre. Pier Ferdinando Casini, ex président de la chambre des députés sous Berlusconi II et président de l’UDC, petit parti de centre droit héritier de la démocratie chrétienne, a choisi la stratégie suivante : sortir de son alliance historique avec Forza Italia, défendre une ligne ni droite - ni gauche, et aller seul aux élections (cela vous rappelle quelqu’un ?). Il a fait environ 6 ou 7 % des suffrages et s’est retrouvé avec 3 sénateurs (vous voyez mieux ?). Pour être exact, dans le système italien plus favorable aux petites formations il a gardé tout de même une trentaine de députés. Evidemment, de nombreux dirigeants de l’UDC sont partis pour sauver leurs postes locaux, évidemment aussi il règne une grande confusion en interne dans ce parti. Et dans cette nouvelle physionomie, les éditorialistes ne voient qu’une issue pour lui : une alliance avec le nouveau parti Démocrate (de Weltroni). On se sent moins seuls tout à coup….

Je n’ai pas eu la chance d’aller si loin que Soseki, mais je suis revenu aussi de mon séjour de fin d’année en Italie avec quelques réflexions.

On peut se plaindre du système français mais honnetement il y a pire ailleurs. En Italie le système électoral est tel que la majorité en place de Romano Prodi ne tient qu’à une ou deux voix près au Sénat. Et comme sa coalition est constituée d’une multiplicité de mouvements allant des ex communistes à ce qui serait en France le Modem, on assiste continuellement à des chantages à la chute du gouvernement. Dernier en date, un sénateur qui à la tete d’une armée de 3 sénateurs a sommé Prodi de s’aligner sur son programme assez libéral de réduction des déficits. Réactions dans la majorité : Prodi : on va voir ; certains membres du Parti Démocrate : ça nous convient parfaitement ; à gauche : si on souscrit à ça autant voter pour Berlusconi. Ingouvernable. Cela fait réfléchir tout de meme sur la nécessité de ne pas s’emballer sur les doses de proportionnelle au parlement, et c’est un modem qui vous dit ça.

Si ça ne marche pas, il faut changer les systèmes, ou bien les hommes. Problème là aussi car nos amici transalpins n’arrivent à changer aucun des deux. Le blocage parlementaire est tel que, meme bien conscients du problème, le consensus pour réformer la loi électorale est impossible. Les hommes eux semblent inamovibles. Prodi communique comme il y a 25 ans, c’est à dire qu’à coté de lui Raymond Barre était fun. Berlusconi à droite vient de changer le nom de son mouvement, mais c’est tout. Il garde l’avantage sur ceux qui voudraient le mettre définitivement à la retraite.

Dans un pays qui souffre de handicaps chroniques plus marqués encore que les notres, tout ceci n’est pas réjouissant. Bonne année malgré tout !

Pour les médias français les élections en Italie c’était simple : Berlusconi c’était le diable et donc Prodi c’était bien.

Un an après le bilan est là : on ne voit pas ce qu’il y a de mieux. Rarement un gouvernement aura été aussi impopulaire et impuissant, et comme il n’y a plus de diable pour cristalliser les mécontentements, l’opinion glisse tranquillement vers un populisme inquiétant. Dernier avatar de ce glissement, l’initiative du comique Beppe Grillo, sorte de Coluche qui a lancé le V-day (soit le Vafanculo day, autrement dit : tous pourris, qu’ils rentrent chez eux, je fais soft pour la traduction…). Il a été applaudi comme jamais à la fête de l’Unité l’espèce de fête de l’Huma italienne par les cadres socialistes ! après avoir insulté un par un tous leurs dirigeants (qui le méritent certes assez), et après avoir annoncé la constitution de listes civiques (on dirait de société civile) qu’il patronnerait pour les prochaines municipales. C’est vrai que la classe politique italienne n’est pas brillante et que leur paysage politique mérite un bon coup de balai, mais la démocratie ne gagnera pas avec ce genre de coups tordus à mon avis.

Au Maroc : meme crétinisme des médias français : chacun se réjouit que le pire selon eux ne soit pas arrivé c’est à dire la victoire des islamistes. Mais le pire est arrivé : moins de 50% de participation, simili victoire d’un parti à bout de souffle, le peuple marque ostensiblement son rejet d’un simulacre de démocratie puisque de toutes façons ces députés décident encore 10 fois moins que les nôtres (si, si je vous assure !).

Malheureusement là aussi il faudra peu de temps pour s’apercevoir que cette soi disant bonne nouvelle prépare de biens mauvais horizons. Si les islamistes apprivoisés du PJD n’ont pas conquis le pouvoir, les islamistes radicaux qui refusent la démocratie et ont appelé au boycott des urnes eux sont présents et continuent leur travail de sape.

Quand on considère tout ça, finalement en France notre démocratie fonctionne assez bien : nous avons un diable qui servira le moment venu de bouc émissaire, nos factieux et extrêmistes sont globalement out pour le moment. Comme dirait Souchon, c’est déjà ça.

La crise politique en Italie n’a rien d’étonnant, puisque la victoire très étriquée de la gauche aux dernières élections obligeait Prodi à gouverner avec une coalition très hétéroclite allant du centre gauche aux communistes, le tout avec une seule voix d’avance au Sénat. Prodi ayant ramené de son séjour à la tête de la Commission Européenne une confiance excessive dans les vertus du libéralisme, il était écrit que sa coalition construite de bric et broc - avec pour seul dénominateur commun l’anti-berlusconisme - ne pouvait durer.

Il va de soi qu’une coalition recentrée, étendue au parti de centre droit (UDC – issu de l’ancienne démocratie chrétienne), serait autrement plus cohérente et solide, tout en permettant à Prodi de ne plus être l’otage de Refondation communiste. Il semble qu’aujourd’hui seuls quelques éléments isolés de cette formation centriste soient prêts à apporter leur soutien à Prodi – ce dernier en étant en fait responsable puisqu’il ne se résout pas à abandonner son alliance avec les communistes.

Morale de l’histoire : l’Italie comme la France souffre de ce mur artificiel entre droite et gauche. Contrairement à la France, ce n’est pas en Italie un phénomène hérité de l’histoire mais une conséquence de l’ère Berlusconi.

Cette crise politique devrait démontrer le besoin de recréer un centre fort en Italie, qui n’existe plus depuis l’explosion de la démocratie chrétienne suite aux affaires de corruption des années 90. Il faut savoir qu’avant cette crise, des mouvements avaient été enclenchés à droite comme à gauche pour créer deux grands partis, sortes d’UMP qui avaient vocation à regrouper les formations existantes. On peut comprendre la volonté de rationaliser le paysage politique italien (plus de 20 formations représentées au Parlement), mais vouloir fondre les socialistes (DS) avec le centre gauche (Margherita, qui siège avec l’UDF au Parlement Européen) n’a pas d’intérêt. Fusionner la Ligue du Nord ou l’Alliance nationale avec le centre droit non plus. Etre capables de travailler ensemble ne signifie pas fusion des mouvements, tactique qui ne permettra pas le rassemblement devant les électeurs. En outre cette évolution irait vers une plus grande bipolarisation dont nous avons sous les yeux encore une fois la démonstration des inconvénients.

Petit à petit, le Centre comme solution politique fait donc son chemin partout en Europe.

bonjour à tous, et tout d’abord merci à vincent pour nous avoir créé ce blog. sa qualité est à l’image de l’excellence du personnage.

nous sommes donc 7 à composer la rédac (ali, armand, david, jp, mario, samuel et vincent). chiffre symbolique s’il en est, il nous permettra donc de fonctionner “façon démocrate”. en effet, 7 signifie pluralité d’opinions mais aussi unité de valeur. cette valeur est la promotion de l’idéal démocrate. et quel est cet idéal ?

la réponse est dans cette citation de l’Ecclésiaste : “L’habit d’un homme proclame ce qu’il fait. Sa démarche révèle ce qu’il est.”.

cette démarche, chacun pourra la retrouver dans la possibilité de s’exprimer par ce blog mais aussi dans la teneur des propos. notre objectif est de mettre en exergue la vision de ceux qui se définissent comme démocrates de façon la plus simple et la plus accessible. bien sûr, beaucoup pourraient se définir ainsi en se cantonnant à sa triviale définition (qui n’est en fait qu’une expression de cet idéal) : l’élection par le peuple de ses représentants.

or, de part l’histoire, l’action des démocrates se révèle plus riche de sens. les démocrates, nés des libéraux (dont les principales ambitions étaient d’établir une constitution séparant les pouvoirs, la liberté de conscience, d’opinion et de circulation, et la libre entreprise) vont plus loin que ceux-ci dans l’accès du peuple aux décisions. D’ailleurs, il y a comme un échos de sens entre parti « démocrate » et parti « populaire ».

au 19ème siècle, le démocrate se distingue du libéral :

  • en refusant de soumettre le corps électoral aux revenus mais en l’ouvrant à tous, quelques soient les origines sociales ou géographiques
  • en considérant que l’Etat ne doit pas se limiter à ses fonctions régaliennes car il a un devoir social : établir et garantir l’égalité des chances
  • en imposant un Etat impartial qui protège les libertés de chacun et la préservation des “tissus sociaux”, bref qui garantie la “justice sociale” .

donc être “démocrate” ne se limite pas à un système électoral mais à cet idéal qui promeut l’Etat impartial, la participation de tous aux décisions politiques et l’égalité des chances, et s’ajoute d’ailleurs à présent le souci de la préservation de la cellule familiale et du cadre environnemental. cet “être démocrate” a aussi une réalité politique aujourd’hui.

au-delà d’une bipolarisation castratrice de la politique française, il faut bien reconnaître qu’un démocrate français se sentira proche du “new labour” de tony blair , des “démocrates” américains, des démocrates-chrétiens allemands, des sociaux-chrétiens belges, des libéraux polonais, etc…

la bipolarisation française nous laisse otage d’une gauche et d’une droite “militantes”, « partisanes », dont la seule légitimité est leur positionnement géographique sur l’échiquier politique. et j’ajouterais, dont la plus forte similarité est leur échec à la tête de notre pays depuis un quart de siècle.

Raymond Barre se définissait comme un “centriste gaullien”. je fais mienne cette définition. et, à la suite de l’ami armand concernant son article sur la censure au gouvernement votée par François Bayrou, je voudrais illustrer ses écrits en comparant le bilan de l’ère chiraquienne et nos “principes” démocrates :

  • la représentation démocratique est devenue une chimère. j. chirac a recueillie moins de 15 % des inscrits aux dernières élections présidentielles. le système électoral permet pourtant à son parti, l’ump, de détenir tous les pouvoirs de notre démocratie, et notamment 80 % des sièges à l’assemblée nationale ! et le 1er acte politique de j. chirac, après avoir été réélu par les 83 % d’électeurs qui n’avaient pas voté j-m le pen, est sa tentative d’éradiquer l’udf de la vie politique… (je pense d’ailleurs qu’il y aura rapidement un débat sur notre blog concernant les relations de l’udf et du rpr-ump).
  • les rares réformes auront été clientélistes : baisse de l’impôt sur le revenu ne profitant qu’aux catégories aisées, réforme des retraites ne touchant pas la génération du “baby-boom” (devenue celle du “papy-boom”), réforme de la sécurité sociale et de l’éducation nationale bidons, politique de développement durable strictement vide. l’explosion des banlieues est l’illustration de l’inutilité de la présidence chirac. “l’égalité des chances” n’aura jamais été une préoccupation des gouvernements chiraquiens.
  • l’Etat impartial est un leurre, les affaires “clearstream” et “g. drut” en sont d’ailleurs la traduction.

la conclusion quant à ce bilan de la présidence chirac revient à l’éditorialiste du journal “le point”, claude imbert, concernant le vote de la censure du gouvernement par f. bayrou :”Cette censure que Bayrou a choisi de voter avec la gauche, le seul réflexe de moralité publique suffit à la justifier. Des hommes d’Etat comme Raymond Barre l’eussent votée.” il rappelle d’ailleurs l’absence épaisse de deux cents députés UMP lors du vote décisif…

f. bayrou a sauvé notre honneur de démocrates.

“démocrates”, devrait s’écrire maintenant ainsi : “démocrates !” (comme on écrivait « résistance ! » ).

“démocrates !”, vous avez votre blog. votre expression sera une petite lumière tenace dans l’obscurité de la politique française.


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