Etre contre les recensements ethniques, n’est pas être conservateur
4 Commentaires Publié by Juste milieu mars 10th, 2009 in Identité démocrate, MoDem, Paradigmes, Témoignages
Le Commissaire à la diversité et l’égalité des chances, Yazid Sabeg a depuis des années, une obsession : pour lutter contre les discriminations, il faut mesurer la progression de celles-ci en traçant la diversité dans les différentes sphères de la société (système éducatif, entreprises etc..) . Favorable aux statistiques ethniques et communautaires , M. Sabeg préfère aux recensements basés sur le nom ou l’origine, ceux basés sur le « ressenti » ou « le sentiment d’appartenir à une communauté » . Le dossier n’est évidemment pas simple mais s’orienter dans cette voie signifierait « remplacer la recherche de l’égalité entre les individus par la recherche d’un équilibre entre les communautés », comme l’a souligné SOS Racisme .
C’est renoncer à l’idéal républicain français, qui a peut être montré ses limites, pour aller vers « l’affirmative action » à l’américaine qui n’est pas non plus une panacée .
Mais ce que l’on peut reprocher à Yazid Sabeg c’est de vouloir discréditer a priori ceux qui ne partagent pas son enthousiasme en les taxant de « conservateurs » qui se « voilent la face ».
C’est caricaturer le débat et refuser de prendre en compte le risque de racialisation de fait de l’approche sociétale basée sur des recensements ethniques sans parler de la segmentation de la société induite. Nous faisons nôtres, les propos de Malek Boutih dans Libération de ce jour :
« Ce type de mesure est un coup de canif , c’est même une remise en cause du principe de la République une et indivisible. Obligatoirement cela aura des répercussions, on créera des quotas sur base ethnique, des politiques sur des éléments ethniques » .
Mais le débat est ouvert . Et même si le Commissaire , s’inscrit à dessein dans la « rupture sarkozyste » , il serait bien avisé de faire preuve de plus de prudence en préemptant une solution avant même que le débat ne soit tranché par les représentants du peuple (voire le peuple lui-même) . Ce qui est bien le moins que l’on puisse exiger sur un tel sujet .




ce sujet est fort délicat et complexe. et ton introduction empreinte de prudence le démontre, tu énonces clairement les problèmes.
en effet, il y aura toujours à portée de critique un tartufe pour catégoriser l’autre de « raciste » ou de « conservateur » (tactique discursive habituelle des « néoconservateurs »).
dans notre cher beau pays où la tartuferie règne tant à gauche qu’à droite, souvent érigée en mur morale par les médias, soit l’on est raciste quand l’on veut utiliser les origines pour faire une analyse sociologique, soit l’on est conservateur si l’on se refuse à ce que les gens se définissent d’eux mêmes d’une « communauté ».
le choix d’Y. Sabeg s’inscrit dans le communautarisme cher à N. Sarkozy (le conseil musulman, l’atteinte à la loi de 1905, ministère de l’identité nationale, etc.).
ce communautarisme s’inscrit dans le courant « néolibéral » ou « néoconservateur » de N. Sarkozy et de son UMP. vous pouvez en trouver les origines, et les stigmates, dans sa pratique américaine.
or, étrangement, ce sont les américains qui tentent de revenir sur ce communautarisme qui les étouffent dans une haine raciale latente.
pour autant, il est nécessaire de pouvoir faire une analyse sociologique de la population pour mieux la comprendre : consommations, chômage, études, professions, délinquances, population carcérale, etc.
pour cela, il nous faut accepter d’intégrer la notion des origines, des religions.
or, ce sont les tartufes de gôche qui s’y refusent.
tartufes de gôches, tartufes de droite…
e ça continue, encore et encore…
Les propos de Malek Boutih sont bien pesés sur ce terrain miné des communautés et des statistiques ethniques. Il est bien dommage qu’il demeure au sein d’un PS moribond alors que le mouvement démocrate trouverait grand profit à l’accueillir.
Il est à craindre que même si Yazid Sabeg arrive à repositionner le débat sur de meilleures bases, Sarkozy finira par utiliser ce levier comme une arme électorale supplémentaire, jouant une communauté contre l’autre.
Je cite au passage le blog d’Ali KISMOUNE en voyage d’étude aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme initié par le Département d’Etat US, «International Visitors Leadership».
http://america.blogs.liberation.fr/kismoune/
Intéressant et stimulant car les politiques publiques d’affirmative action sont en pleine redéfinition de l’autre côté de l’Atlantique, notamment celles mises en place dans les universités publiques.
Quelques révélations autour de l’«affirmative action» en direct de Californie, extraits du blog précédent :
http://america.blogs.liberation.fr/kismoune/2009/03/tout-dabord-mer.html#more
[Donc je viens de découvrir avec stupeur un élément nouveau : l'affirmative action dans l'Etat de Californie ne repose plus sur des critères ethno-raciaux mais désormais uniquement sur des facteurs liés aux disparités sociales, aux lieux d'études....]
et encore :
[Ainsi, la fameuse Propostion 209 California (ici) a défini de nouvelles règles en amendant la Constitution de l'Etat, interdisant désormais à l'Etat "(...) d'accorder un traitement préférentiel à tout individu ou groupe sur la base de la race, le sexe, la couleur, l'origine ethnique, l'origine nationale dans le domaine de l'emploi public, l'éducation publique, ou les marchés publics". Ainsi, sur ces bases-là, les universités ne peuvent plus recruter leurs candidats sur des critères uniquement ethno-raciaux.]
[C'est curieux mais c'est un Afro-américain, Wardell Anthony Connerly qui est à l'origine de cette décision en justifiant que c'est contraire au principe d'égalité. Il considère que l'affirmative action est une forme de racisme car elle privilégie la notion de race au détriment des compétences.]
M’être vu définir comme « white caucasian » à l’époque pour l’attribution d’un logement sur le campus universitaire de Santa Barbara m’avait laissé dubitatif.
Malgré l’individualisme assumé des Américains, c’est bien l’impression d’un carcan ethno-racialiste propre à diviser les hommes et les communautés que laissait planer cette initiative liée à l’affirmative action.
Ce revirement en Californie ne devrait pas manquer d’alimenter le débat et j’espère inspirer M. Sabeg de nous donner les moyens d’un modèle « compatible » et propre à revivifier notre idéal républicain ; propre à rééquilibrer les chances pourquoi pas ?
Merci Soseki cet exemple californien est édifiant .