Bertrand Delanoë : l’involution du PS
Publié by JP mai 22nd, 2008 in Idées fortes, PositionnementsIl est particulier d’observer les méandres des joutes d’ambitions mal contenues au PS. Il est une ambition amusante à suivre, celle de Bertrand Delanoë.
Sur le fond, Bertrand Delanoë est un pur produit du PS, un pratiquant de plus de 30 ans du catéchisme de parti. Appartenant à la ligne « légitimiste » du PS, B. Delanoë est mitterrandiste, jospinien, mais surtout pour lui-même. Après avoir formé sa « bande » dans le 18è (avec les Vaillant, Caresche, et surtout Jospin), l’ancien n°3 socialiste est parti à l’assaut de la fédération socialiste parisienne et est parvenu à se faire élire maire. Dire « sur le fond », sans y lire d’axe politique, philosophique, ou simplement d’inclination, c’est justement parler du « fond » de Delanoë. Son fond politique (de commerce), c’est le légitimisme de parti : il est avec le majoritaire. Si la sociologie du PS est très fortement marquée par un corporatisme dominant (fonction publique, notamment personnels enseignants) et des classes d’âges vieillissantes (génération baby-boom devenue papy boom), habituée à l’alliance avec les communistes depuis 1971, alors Bertrand reste dans ce courant, ou dans la vague. L’inclination fait l’inclinaison : tout dépend de la tendance gôche du moment : écolo, libertaire, anti-libérale, libérale, socialiste, social-libéral, etc.
Jusqu’à présent, on se définissait comme socialiste, pour l’utopie au pouvoir, la baisse du temps de travail, le partage du travail, l’économie administrée, la « défense » du secteur public, l’anti « ultra libéralisme », le « jeunisme » (tant que les jeunes ne prennent pas le pouvoir, surtout ceux de maintenant qui menacent les retraites et les acquis des rentiers de cette génération devenue « papy boom »), la pratique démocratique (tant que cela ne menace pas le système des deux partis UMP/PS), etc…
La ligne légitimiste a été déstabilisée par les présidentielles de 2002 où leur candidat, L. Jospin, pure produit de la mitterandie formé, longtemps, chez les trotskistes, laisse sa place à l’ennemi adoré, Le Pen.
En 2008, elle s’est laissée « forcée » par Ségolène Royale, le temps d’un échec. N’ayant pas de candidat, DSK trop social-démocrate, Fabius ayant planté le parti lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, ils ont laissé la « fifille » se planter, sans le parti, pour mieux le récupérer.
Mais voilà … la « fifille » insiste, a fait adhérer beaucoup de nouveaux étrangers aux pratiques du Parti, leurrés par une démocratie de façade. Elle se veut « sociale-libérale », apprécie la voie blairiste, préfère les Démocrates du MoDem aux communistes, bouleverse les habitudes (et intérêts) de boutiquiers des « leaders » du canal habituel. Alors les « leaders » ont besoin à la fois de se compter, reprendre en main le Parti, et avoir un des leurs comme 1er secrétaire. Sauf que, si ça ne peut être eux-mêmes, alors il faut se mettre d’accord sur un 2d couteau… Les légitimistes Ayrault, Aubry, Bloche, Glavany, Guigou, Hollande, Peillon, Weber comptent sur le rejet de S. Royal par les clans de DSK et Fabius (Bartolone, Cambadélis, Duron, Le Guen). Les Dray, Moscovici, Montebourg jouent leur carte perso mais pas de trop loin pour pouvoir faire partie de la « motion commune », qui dira qui pourra exploiter l’étiquette PS…
Voila une longue liste de politiques frustrés de ne point diriger, ou être ministres… Est-ce cela qui explique pourquoi le PS ne parvient pas à être une alternative conséquente, intelligible, claire pour les Français ? Sans doute en partie. Le PS est surtout obnubilé par ses questions de pouvoirs de boutiquiers, lui permettant ainsi d’évacuer toute question de politique pour les Français. Ceux-ci d’ailleurs ne s’y trompent pas, reléguant le PS depuis 1997 à l’éternel opposant… stérile !
Faut dire que parti “socialiste”, “1er secrétaire”, ça donne pas envie et inspire pas la confiance, en 2008.
Avec B. Delanoë, le PS n’évoluera pas, ne progressera pas. Il ne régressera pas non plus grâce au fond de commerce gôche / opposition. Mais surtout, avec lui, il restera le parti de 1971, un parti du XXème siècle, de la Guerre Froide, d’une ancienne France des Trente Glorieuses, riche, où les salaires et le pouvoir d’achat augmentent tous les ans, où l’inflation bouffe les intérêts des emprunts, où les jeunes trouvent vite du boulot sans être bac + 5 pour conduire une fourgonnette, où un salarié des classes moyennes ou populaires peut progresser et tutoyer un niveau de vie inconnu par ses aînés, où il y a encore beaucoup de salariés pour payer les retraites, où l’Etat n’appartient pas encore à la fonction publique et surtout ses syndicats, où la dette n’a pas encore explosé, où les charges n’augmentent pas sans arrêt pour ne pas être trop distanciées par les dettes, où une génération disait “place aux jeunes” pour 30 ans plus tard imposer le “place aux vieux” - ces générations consuméristes, gâtées par une société riche offrant un avenir prometteur de lendemains qui obligatoirement doivent chanter, et qu’elles n’ont pas cherchés à transmettre…
Pour revenir à Delanoë, le Bertrand tente d’incarner ce courant anti Ségo, sans heurter les intérêts particuliers des autres « leaders », donc de façon très « sans en avoir l’air », sans menacer les ambitions des un(e)s et des autres. Tout juste si ce n’est pas un hasard qu’il se profile pour le poste de 1er secrétaire. Bientôt, il nous dira que ce sont les militants, les Français, qui l’ont obligé à prendre le sceptre socialiste ! Mais sur la forme il est clair : exclusion absolue de toute alliance avec les Démocrates… vade retro, satanas ! En effet, quelle horreur, mieux vaut les camarades communistes et les zozos verts : c’est sympa, un coco, les Français n’en veulent pas : c’est pas dangereux électoralement, comme les Verts d’ailleurs. Et puis, ça fait gauche (prononcer « gôche », pour en être), important pour le côté utopie et populaire.
C’est d’ailleurs pour cela qu’au PS, et surtout chez leurs élus, on retrouve surtout des fonctionnaires, notamment enseignants, et des retraités (et encore plus les deux en même temps) : pour être élu, il faut du temps, et du savoir. Comme quoi, on a le temps quand on est enseignant… Alors, comme on n’est pas « populo », au moins on en a la couleur et le discours. Faut dire que si quelqu’un se préoccupait des catégories populaires et des classes moyennes, ça se saurait : les retraites, la fonction publique, les 35h, les « acquis » (de qui au fait ?), le bouclier fiscal, les « petits » salaires du patronat, l’impôt sur les grandes fortunes, les aides aux entreprises pour « créer des emplois », les CDD-CNE-CPE-flexibilité, etc… ne seraient pas traités de la même façon : et c’est tant mieux pour le PS et l’UMP et leurs clientèles…
Bien sûr, les enseignants qui vont lire ces lignes vont me soupçonner d’être un “anti éducation nationale”, pas loin de verser dans l’ump. Mais bon, à force de rencontrer d’anciens adhérants du PS qui, salariés du privés, n’en pouvaient plus du système de caste et du parfum de rose d’épinay… ou justement des enseignants et fonctionnaires écoeurés du poujadisme de gôche et de l’instrumentalisation de l’Education nationale et de l’Etat : je me dis que parfois, tant qu’on n’a pas forcé la porte, l’air reste vicié…
Bref, pour revenir au Bertrand, point de MoDem. Par contre, la leçon électorale a été comprise : pillons le MoDem ! on va se définir comme « libéral » (si on est de gôche, c’est permis), pour une économie sociale de marché (c’est M. Valls qui doit sourire), être de « bons managers », soutenir la démarche européenne : mais à condition d’avoir le label « PS » ! Suffit de lire le programme du béarnais, le faire avaler aux militants avec l’aide de l’alliance de gôche avec les camarades communistes et Verts (je n’ose dire « écologistes » les concernant), et le tour sera joué.
On rassure les éléphants sur leurs prérogatives et leurs « pas de portes » en protégeant la franchise par l’établissement d’un label PS bien gôche : qui n’est pas PS n’est pas de gôche, qui n’est pas de gôche n’est pas PS. On tourne ça en boucle et on croise les doigts jusqu’aux prochaines présidentielles.
Sait-on jamais : en 2012, les Français seront écœurés de Sarko et son UMP, Bayrou aura été flingué (et les Démocrates s’y emploient en se ventilant au MoDem, Radicaux, Nouveau Centre, etc.), restera plus que les SOCIALISTES…
et nous…
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Delanoe prétend gérer le PS comme il fait avec la Mairie de Paris en bon “manager” et faire des socialistes des “managers” politiques. La résonance entrepreneuriale et américaine est à se tordre de rire s’agissant de son auteur et de la réalité de sa pratique politique.
Dans une entreprise être un bon “manager” c’est soutenir les siens , déléguer les responsabilités et permettre aux “pontentiels” humains de développer le projet d’entreprise et donc le “bénéfice ” induit . Ne pas se cantonner à la croissance interne mais se développer à l’externe . L’expérience municipale passée à Paris montre que B.Delanoë est tout sauf un “manager” : Stratégie reposant sur la simple reconduction des alliances , refus d’élargissement de sa majorité (au Modem) et de ce fait
échec de croissance externe avec conquête de nouveaux arrondissements . C’est la peur de l’esprit d’entreprise, accepter et favoriser la réelection de Tiberi, Panafieu,Legaret, Goujon dans leur fief plutôt que celle de se propres amis car il aurait fallu dealer avec Sarnez .
C’est ça être libéral et socialiste ?
Personne ne s’imagine à quel point derrière les paillettes Delanoé se cache le plus orthodoxe des socialistes, mais c’est pourtant le cas.
Pour abonder le propos de Juste Milieu, j’ai vu que Delanoé prétend aussi qu’on peut “faire des économies” en réformant comme “nous l’avons fait à la mairie”.
J’espère que certains relèveront la plaisanterie : plus de 6000 emplois nouveaux créés pendant une mandature (sur 36 000 au départ). Delanoé a appliqué la recette socialiste la plus classique, l’augmentation (pérenne) de la dépense publique, tout ceci grâce aux rentrées exceptionnelles dus aux excès du marché de l’immobilier dont au fond la mairie est la seule à ne pas souffrir. Franchement avec des libéraux comme lui, on est sûrs de s’en sortir.
Décevant cet article !! Il y a un manque évident de finesse d’esprit dans l’analyse.
Le tout est grossier et ordurier !! Franchement venant du modem cela provoque chez moi une double réaction: ça m’atriste et ça me fait hurler de rire.
Sincérement le Modem qui veut donner des leçons en terme de cohérence dans la ligne politique, et sur le fonctionement interne d’un parti c’est une grosse blague !!
Ensuite ce qui m’attriste c’est cette absence de mesure dans le propos chez les partisans du “juste milieu”.
Certes Delanöe n’est pas parfait, mais entre Royal et lui il y a plus des différences de forme que de fonds. Ces déclaration visent la conquête du parti : en surfant sur la vague médiatique, en allant là où on ne l’attend pas, en provoquant etc. Pourquoi tant de haines cher camarade?
Le parti socialiste n’est pas assez ouvert sur la société certes (trop peu d’ouvriers, surreprésentation des employés et fonctionnaires, trop âgé !!) mais à ma connaissance l’UMP, l’UDF, le PC, et même le Modem (Plus jeune peut être ) ne font mieux. Il n’existe pas de grand parti de masse en France.
Dire que le PS se veut être un représentant du peuple, populaire et qu’il ne peut l’être en raison de sa composition socioprofessionelle c’est de la connerie. Pas beoin d’être Gay pour défendre le mariage homo, pas besoin d’être victime d’une injustice pour la dénnoncer. Non ?
Aimez le peuple, vouloir aider les plus faible, les plus fragile à mieux s’insérer dans notre société est ce vraiment une honte ?
Sinon je partage tout à fait ton avis sur ces salauds de fonctionnaires, ces salauds d’enseignants qui sont des professionels de la politique. D’ailleurs ça me fait penser à cet agrégé de lettres classiques (13H de cours le salaud) qui est devenu un rentier de la politique. Comment il s’appelle… Mais si !!! ce type qui est élu depuis 1982… il essaye de construire un parti…. le Grodem… François …? Je sais plus . En tout cas “pour être élu, il faut du temps, et du savoir. Comme quoi, on a le temps quand on est enseignant…”
eh bien Max, il va falloir vous habituer.
Chez les démocrates on n’hésite pas à dire ce qu’on pense, et ce n’est pas parce que certains ne nous voient un avenir qu’avec un alliance à gauche que nous allons nous taire. Je ne vois absolument rien d’ordurier ou grossier dans l’analyse de JP. Et tant pis pour vous si vous trouvez normal que la campagne interne du PS commence par des déclarations qui “surfent sur la vague médiatique”
La violence de votre réaction signife-t-elle que vous imaginiez acquis le soutien des démocrates à un candidat PS se disant libéral ? Mais Max, Delanoé s’est moqué du Modem à Paris il ne veut pas non plus qu’on lui déroule le tapis rouge.
@ max : je retouve une certaine propension de militants et cadres socialistes dans tes propos à une vanité et ironie, un ton supérieur, mal placés.
tu te moquais dans un commentaire précédent sur la vraie démocratie au sein du mouvement démocrate : je ne connais pas de parti où ce soit les militants qui participent à la création de ses statuts : le PS encore moins…
je reconnais là l’attitude du socialiste qui interdit toute critique de son parti, mais s’autorise toutes les critiques pour les autres, forcément inférieurs à la magnificience socialiste…
pourtant, aujourd’hui, le PS est un parti de combats d’ambitions égocentriques, sans aucunes utilités pour la france; que les français ne voient plus en vous un parti de gouvernement depuis plus de 10 ans mais de notables locaux ne t’a toujours pas effleuré. je regrette ce manque de distance et de hauteur de ta part.
concernant les fonctionnaires, je vois depuis deux ans beaucoup d’électeurs, sympathisants, anciens adhérants du PS nous rejoindre. il suffit de les écouter : ras le bol que le PS soit le parti clientéliste de ceux-ci. j’ai notamment chez moi l’ancien secrétaire de section socialiste de canton, cadre du privé, écoeuré de ce corporatisme.
vous n’avez pas vu cette évolution, forte depuis 20 ans au PS. les électeurs ne vous font pas confiance à cause de cela : vous n’incarnez pas l’intérêt général !
je vois aussi des fonctionnaires nous rejoindre : ils ne veulent plus de la coupure d’avec la société et préfèrent des employés de l’Etat mieux rémunérés, mieux considérés, qu’asservissant l’Etat.
c’est aussi pour cela qu’au Mouvement Démocrate, l’Etat est pour nous “sacré” : acteur majeur d’une société progressant… pour tous !
le PS est incapable d’incarner une alternative crédible à l’UMP. il faudra bien un jour répondre à ce défi !
la sociologie du modem (que j’ai abordé dans “modem, coït postmortem de l’udf”) incarne par contre une diversité nouvelle : cadres-professions intellectuelles-professions intermédiaires, sont les csp les plus importantes, suivies de près par les employés et les professions indépendantes. et 75 % de nos électeurs ont moins de 65 ans… ta méconnaissance est ici encore importante. mais tu as de la marge pour progresser, par là même…
enfin concernant bayrou, je crains que ta connaissance du personnage ne soit faussée par un partisanisme trop aveuglant. lis les différentes bio le concernant, comme je lis des ouvrages sur ou de jospin, royal, delanoë ou valls…