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Blog r�f�renc� par Marianne2007.info








BHL nous avait fait parvenir son nouvel ouvrage (1). Il y traite de ce qui fait, ou fonde, “l’être de gauche”, et son attachement à Ségolène Royal. Rien que de très normal pour un écrivain que de faire connaître son dernier écrit. Mes camarades de blog, peu sensibles à l’attitude panégyrique, m’ont confié la tâche de la critique. Qu’un amateur de Raymond Aron fasse la critique de BHL pouvait prêter à sourire : ce dernier n’avait-il pas écrit dans sa verte jeunesse “mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron” ? Plantu lui avait d’ailleurs répondu, lors du décès d’Aron en 1983, par une caricature, montrant celui-ci montant au Ciel, titrée : “c’est bien la première fois qu’il a tort”…
Je me suis donc rapidement lancé dans ce “voyage en tête étrangère”. Toutefois, n’oubliant le principe aronien que nous vivons notre histoire à l’intérieur de l’Histoire, je me suis efforcé d’écouter BHL lui-même parler de son livre chez Durand, Ruquier et ailleurs. De même, son livre sortait alors que nous vivions une vague littéraire anti-ségolène, provenant du PS même. Aussi, je me mis en même temps à lire les livre de C. Allègre et surtout celui de L. Jospin. J’en produis sur notre blog cet article : “Lionel Jospin, paroles d’outre-tombe, parole de socialiste”.

Jospin versus BHL

Je trouvais intéressant de mettre en parallèle ces deux ouvrages : celui d’un Jospin dont le livre (2) essentiellement anti-ségolène laisse 9 pages sur l’avenir du PS. Or, ce sont pour moi ces 9 dernières pages les pires : s’y exprime un socialisme français englué dans un marxisme rétrograde, parlant du rôle historique du trotskysme, voyant toujours dans l’alliance à gauche son avenir… Funèbre !
C’est d’ailleurs aussi pour cela que j’utilisais la lecture bien plus moderne et réelle de Jacques Attali sur Marx (3). Je souhaitais montrer que Marx n’avait jamais voulu un mouvement politique totalitaire, interdisant les libertés publiques. Le marxisme-léninisme, stalinien et autres enkystés de la gauche, représentent en effet une déviance, horrible. Mais avant même sa disparition, Marx voyait se profiler deux mouvements : l’un se voulant “transformateur”, accompagnant la société capitaliste et libérale vers le socialisme, se nommant social-démocrate (exp le parti social-démocrate allemand), l’autre réformiste (syndicats britanniques ou “trade-union”), se souciant des catégories populaires et de justice sociale, permettant à une société libérale, souhaitée, d’être plus juste. Marx condamna ces deux courants, et tous les courants d’ailleurs se déclarant de lui. Si sur la fin il croyait une révolution socialiste russe possible, malgré que l’étape libérale n’ait pas été passée, elle ne l’était que parce qu’y existaient des strutures proto-communistes (dans la paysannerie), et à condition d’une révolution internationale, tout du moins européenne. On sait ce qu’il advint…

L’évolution jusqu’aujourd’hui de la gauche démocratique se retrouve dans deux types de parti : le PS français, et le parti travailliste britannique. Le “transformateur” a connu ses limites rapidement et a été abandonné par la plupart des gauches européennes et occidentales, excepté maheureusement en France. Les réformateurs par contre s’observent partout : ils se sont libérés de la gangue marxiste et se définissent plus aisément comme des “sociaux-libéraux”, qu’ils soient démocrates américains, travaillistes anglais, sociaux-démocrates scandinaves ou allemands, etc…

Pour une Gauche libérée

C’est là qu’intervient l’ouvrage de BHL : qu’est ce qu’être de gauche en France ? Au-delà d’une gestuelle, d’une écriture parfois emphatiques, je dois reconnaître que l’honnêteté intellectuelle de l’auteur m’a épatée.
Il fonde son positionnement politique sur 3 formes : des images, des évènements, des réflexes. Ces éléments, je vous conseille de les lire dans le texte, ils sont nombreux et intéressants : l’affaire Dreyfus, de la guerre civile espagnole à Vichy, de la Révolution française à mai 68, etc…
Objectivement, pas grand chose à objecter.
Serais-je donc de gauche ?

Mais surtout, ce que j’ai trouvé finement analysé, un peu comme Finkielkraut (4) - “l’homme socialiste maîtrisera la nature entière, y compris les faisans et les esturgeons, au moyen de la machine. Il désignera les lieux où les montagnes doivent être abattues, changera le cours des rivières et emprisonnera les océans” re-citant Trotsky - c’est la démonstration que ces images, ces évènements, ces réflexes, peuvent choire dans une déviance malsaine, voire meurtrière.
Ainsi, Mai 68, c’est par exemple l’émancipation sexuelle. Mais ça peut être aussi le nihilisme, la négation de l’autorité, “autorictas”, être auteur. La tentative de République espagnole veut répondre à un monde archaïque, aux élites décadentes, à la pauvreté. Mais elle a fait naître une “pasionaria”, l’assassinat de prêtres, de jeunes faisant simplement leur service militaire. Le féminisme c’est permettre à la femme d’être l’égale de l’homme en humanité, en ambition, en vie tout court. Mais c’est aussi des “chiennes de garde” en guerre contre les hommes, oubliant par exemple les burkas des femmes afghanes (”c’est pas pareil, c’est culturel…”). Vichy et le Vel’ d’Hiv, c’est la honte de l’Etat français, d’une période des Français et de la France. Mais en aucun cas cela ne peut servir d’alibi à un communautarisme soi-disant et forcément victime de la République française. Ou encore lutter pour les Lumières et chercher toujours plus loin “la révolution la plus pure” telle les adorateurs de Pol-Pot. Etc…
Serais-je de gauche alors ?

Mettre en évidence un nouvel antisémitisme, comme l’avait déjà fait P-A Taguieff (5), nous provenant d’une déviance de gauche, démontrer que l’anti-américanisme et l’anti-libéralisme, redondant d’avec l’antisémitisme, illustrent ce “socialisme des imbéciles”, est oeuvre salutaire. Surtout, BHL ne fait aucunement l’impasse sur les errements de la gauche, et parfois de lui-même (”on n’avait que l’embarras du choix, alors, des mauvais maîtres, des mauvaises scènes”). Il a le courage de rendre aux mots liberté, Europe, une beauté que la gauche française a trop souvent oublié.
Intelligent, honnête et utile, c’est ainsi que je définierais l’ouvrage.

Désaccord sur la “droiche”

Mais j’ai une critique. BHL tamponne de fasciste tout ce qui lui déplait, fasciste rouge, vert, islamique, etc… Il voit aussi dans la gauche de Chevènement un retour de droite.Il y aurait un article entier à produire sur le fascisme, utilisation d’un terme qui permet de laver plus blanc nazisme, dictature de droite ou autre totalitarisme. Sans doute un jour me risquerai-je à l’exercice mais je sais que je me heurterai à nombre d’habitude de penser facile. Nous verrons plus tard…Mais surtout, cet important (notamment aujourd’hui pour la mue de la gauche) intellectuel doit aller au bout du chemin : constater qu’au sein même de la gauche, de façon endogène, existe aussi la “bête immonde”. Nul besoin d’essayer de trouver une causalité de droite. Le fascisme a des racines à gauche, tout comme le nazisme est aux confluences d’un marxisme scientifique, darwinien, et d’une droite ultraciste (6). Le léninisme, stalinisme et autres avatars ignobles, trouvent leurs racines dans une tradition de gauche autoritaire, réactionnaire (7).La déviance chevènementiste que dénonce BHL trouve donc bien sa lisibilité, son intelligibilité, à gauche. Mais gauche comme droite sont plurielles, équivoques. Si la lecture de celles-ci peut se faire de façon historique, géographique, jamais il ne faut les interpréter de façon immuable, univoque. En ce sens d’ailleurs, comprendre Marx c’est aussi admettre que la notion d’aliénation n’est pas rationnelle mais relationnelle, “s’inscrivant dans un contexte historique et géographique déterminés par rapport aux possibilités effectives de réalisation individuelle et sociale. (8).

Droite, de la tentative CDU au Parti Républicain

Raymond Aron, dans nombres de ses ouvrages(9), expliquait que c’est le marxisme, notamment dans sa version léniniste, qui a repoussé les démocrates et libéraux à droite. Les “Whigs” ont disparu dans un nouvel affrontement entre une gauche marxiste ou marxienne et une droite hébergeant libéraux, conservateurs et ultracistes. Bref, ce qui fonde BHL en tant qu’homme de gauche, ses repères, en font moins un homme de gauche qu’un intellectuel remettant en cause l’ancienne matrice de la gauche. Des “nouveaux philosophes” à l’homme d’aujourd’hui, BHL incarne une nouvelle gauche qui se ressource dans une gauche pré-marxiste, démocrate et libérale. D’une certaine façon, il illustre et appelle au retour des “Whigs”.
La Droite française a balancé entre deux possibilités : produire un parti de centre-droit, modéré, où la vision de l’économie libérale se basait sur le modèle “capitaliste rhénan” (10), façon CDU. Cette possibilité a été tentée par VGE puis E. Balladur. N’oublions pas que ce dernier avait annoncé qu’en cas de victoire aux élections (présidentielle 95), il créerait un parti unifiant ses soutiens. Dans cette perspective, le pôle UDF l’emportait sur celui du RPR. Ces tentatives ont échoué. A l’inverse, en créant l’UMP, J. Chirac, D. de Villepin et A. Juppé donnaient la prééminence au RPR. S’ils avaient une vision plus bonapartiste de leur mouvement (autoritaire et populiste), le jouet leur a échappé et s’est transformé sous le travail de N. Sarkozy, P. Devedjian et B. Hortefeux. Le pôle conservateur, la vision d’un “capitalisme total”, l’a emporté, faisant de ce parti, et alors de la droite, une reproduction des tories britanniques ou républicains américains.
C’est ainsi que le courant démocrate, s’il pouvait s’intégrer dans une droite façon CDU, ne peut faire son nid dans l’UMP. Sociologiquement, économiquement, philosophiquement, les différences déjà fortes aujourd’hui, deviendront assourdissantes demain.

F. Bayrou, même s’il suit son propre parcours, avait deviné cela. Que le mouvement de différentiation s’accélère et parfois le dépasse (on souhaiterait plus d’audace envers les ministres d’ouverture et les “libérés” de la gauche), j’en convient. Mais, lucide, il a franchi le Rubicon. Bernard-Henri Lévy a aussi cette lucidité et compris le mouvement, son livre l’exprime. Souhaitons qu’il soit prophète en son pays…”Voyager, c’est gagner son procès contre les habitudes” (Rimbaud). En lisant, entièrement, pour une fois, un ouvrage de BHL, le lecteur accoste sur de nouvelles rives et ne peux que s’incliner sur l’oeuvre salutaire qu’il produit. Je ne sais si me définissant démocrate, libéral, je suis de gauche en France mais Bernard-Henri Lévy rend les révélations possibles, ses critères ou références ne me sont pas étrangers. Car BHL aussi va au-delà des habitudes de la gauche. Il poursuit la geste de Ségolène Royal en tendant la main aux Démocrates de François Bayrou. Il rend possible la ré-union des démocrates-libéraux, ou sociaux-libéraux, comme l’on voudra. BHL ressuscite la pensée “Whigs” et montre que deux chemins existent à présent pour la gauche française : suivre celle de Jospin, involution d’alliances avec “toujours plus à gauche”, et celle des modernes, des réformateurs, comme Rocard, peut-être S. Royal (on n’ose en nommer d’autres) ?

Surtout, pourvu que BHL continue. A force, le PS pourrait l’entendre, voire l’écouter…

(1) Bernard-Henri Lévy, “Ce grand cadavre à la renverse”, ed Grasset
(2) L. Jospin, “L’impasse”, ed Flammarion
(3) Jacques Attali, “Karl Marx ou l’esprit du monde”, ed Livre de poche
(4) Alain Finfielkraut, “L’Imparfait du Présent”, ed Gallimard
(5) Pierre-André Taguieff, “la nouvelle judéophobie”, ed Mille et une nuits
(6) René Rémond, “Les droites en France”, (poche)
(7) Marc Crapez, “La gauche réactionnaire”, ed Berg ; “Naissance de la gauche”, ed Michalon
(8) Costano Preve, “Marx inatuale. Eredità e prospettiva” (”Marx inactuel”. On trouve sur le net des commentaires en français), ed Bollati Boringhieri
(9) Raymond Aron, “L’opium des intellectuels”, “Essais sur les libertés”, “Etudes politiques”, “Le spectateur engagé”, (poche)
(10) Jean Peyrelevade, “Le capitalisme total”, Seuil

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4 commentaires à “Bernard-Henri Lévy ou la Gauche à l'endroit”

  1. 1 Mario

    “un féministe”

    LE MONDE | 08.11.07 | 14h22
    A 9 heures par e-mail, recevez les titres du journal à
    paraître l’après-midi.

    Même en Suède, les femmes gagnent près de 40 % de
    moins que les hommes pour des fonctions équivalentes.
    Ce pays est pourtant le moins sexiste du monde, selon
    un classement sur l’inégalité entre les sexes publié
    jeudi 8 novembre, par le World Economic Forum,
    organisateur du forum de Davos (Suisse).

    site World Economic Forum
    http://www.weforum.org/en/index.htm la France est 51eme !!!

  2. 2 Soseki

    J’ai toujours un peu de mal avec BHL. S’il avait un tant soit peu d’humilité, mais il faut qu’il brille en salon médiatique à tout instant.
    Sur le diagnostic je lui reconnais une bonne intuition mais cela ne suffit pas.

  3. 3 Mesina

    Comment pourrait-t-il aider le PS à comprendre l’inutilité du clivage droite gauche s’il se pose avant touten “philospohe de gauche” ce qui revient sans doute pour lui, comme tu as l’air de nous le souligner cher JP, à représentant des “anti-fascistes”

    J’aurais bien aimé entendre notre ami BHL s’exrimer plus clairement sur les dérives non pas fascistes mais singulièrement racistes du gouvernement italien à l’égard des Roms ces dernières semaines. Ah j’oubliais Prodi ne peut pas etre raciste, il est de gauche….

    Rappellons nous que le projet de Bayrou c’ètait le dépassement des clivages par seulement la création d’une alliabce de centre gauche un peu inédite.

    Pour ma part j’ai surtout l’impression que BHL cherche à occupper le créneau déserté par les nombreux intellectuels qui ont rallié ou favorisé Sarko.

  4. 4 JP

    on ne peut s’impatienter que des membres et personnalités de la gauche sociale-démocrate nous rejoignent et quand celle-ci le fait, lui fermer la porte au nez. Que BHL nous parle de démocratie, liberté, et même libéralisme, et jette aux orties les vieilles lubies de la gauche française, ne peut que nous réjouir. F. Bayrou a parlé de dépassement des clivages, donc dépassement de nous mêmes. Je ne sais pas si bhl veut occuper le créneau d’intellectuels passés chez sarko. je sais par contre qu’il ne rejoint pas la horde hurlante et archaïque des “à gauche toute”. je préfère la main tendue d’un BHL au poing menaçant de ceux qui veulent la disparition du courant démocrate et se débarasser de l’alternative Bayrou.

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