Chérir la République sans s’enrouler dans le drapeau : lettre d’un correspondant pour l’occasion
Publié by Cyrille mars 27th, 2007 in Idées fortes, Identité démocrate, TémoignagesLa plupart du temps, je réagis à des articles ou commentaires. Pour mon premier article (non le dernier !) j’ai voulu, par fénéantise (la plus grande vertu avec le doute) autant que par fierté et amitié, j’ai voulu, dis-je, mettre la lettre que m’a adressé une personne qui m’est chère. Cette lettre est extraite d’un échange que nous avons eu. Comme elle m’a touché, et comme le soudain amour des deux grands candidats pour la Marseillaise et le Drapeau tricolore me hérissent et me font penser, encore une fois, que les leçons de l’histoire, c’est pour les cochons, je lui ai demandé s’il était possible de la déposer sur le blog. Il m’en a prié. Voilà qui est fait. Cette lettre nous rappelle, avec des mots de chaire, la réplique si juste de K. Douglas, dans Les Sentiers de la Gloire, ce film superbe sur l’irresponsabilité du commandement français pendant la guerre de 1914 : LE PATRIOTISME EST LE DERNIER REFUGE DE LA CANAILLE.
Je précise, comme il me l’a demandé, que ce rédacteur est sans appartenance politique. J’ajoute, moi, que par son histoire, ses références politiques et artistiques, par son tempérament, il est aux antipodes de ce que je suis. Pourtant, nous sommes si proches. Pas amis, pas camarade, quelque chose de l’ordre de la fraternité.
Pour le reste, à vous de lire.
Suite aux propos de François Bayrou en Seine Saint Denis, que j’ai pu lire brièvement sur internet, je propose qu’on parle de langues.
Quand j’étais collégien il n’y avait ni cours d’español ni cours de portugais, mais l’anglais, l’allemand et le latin. L’allemand était très bien vu ! Moi comme un p’tit con de dix douze ans, j’ai refusé d’apprendre l’allemand et j’ai demandé une correspondante hongroise (les correspondants étaient très à la mode), parce que la Hongrie était un grand pays de musiciens et parce que je trouvais les hongroises très jolies. J’ai correspondu avec elle durant quatre années (en français), et je rêvais d’elle car nous rencontrer à l’époque des soviets, c’était impossible. Elle était danseuse, connaissait toutes les grandes œuvres classiques.
Les enfants d’immigrés que nous étions étaient tous espagnols ou portugais dans cette région de Bourgogne. Nous avions appris à oublier notre langue, notre culture, nous avions honte de nos parents, nous voulions être comme les autres, bien français ! Les adultes avec leurs discours sur l’Europe de la réconciliation franco-allemande nous entraînaient derrière eux sur la grande voie de la bêtise.En classe de seconde dans le seul lycée de la ville, où très peu entraient (le proviseur nous nommait « l’élite de la République ») j’ai suivi enfin des cours d’español, seconde langue, à la très grande joie de ma famille. Aujourd’hui encore, je ne correspond avec mon père qu’en castillan, mais moi je sais l’écrire, lui, ayant quitté l’école à sept ans, très mal. J’ai très vite choisi le castillan comme première langue pour mon bac, par fierté.
Ma vie professionnelle m’a fait vivre en Suisse et en Allemagne. Mon père nous a créé une belle famille en Poméranie ! Quel idiot ai-je été de ne pas avoir appris l’allemand, je dois m’y mettre ! Les portugais, eux, continuaient de parler leur langue en famille. Ils étaient fiers du Portugal, alors que nous, avec Franco, n’étions pas fiers du tout ! Et mon père refusait toute appartenance à des communautés d’immigrés espagnols , sous influence du parti communiste. Malgré tout, les portugais cachaient eux aussi leur culture. Entre nous, il y avait une reconnaissance, mais sans plus, des entraides aussi.
Plusieurs années après mon bac, j’ai vu s’ouvrir d’un coup des classes d’español dans les collèges et lycées, avec un succès considérable, les élèves pensant que c’était une langue très facile. L’enseignement du portugais étant toujours marginal. Après la création de cours de russe, à la chute du mur, je me rendis compte que le choix des langues enseignées dans le cadre de l’éducation nationale ne dépendait que de facteurs politico- économiques et nullement des facteurs sociaux de la Nation Française : Il faut changer cela !
J’ai toujours pensé : » la langue, c’est l’autre ! »
Comment aller vers l’autre si moi-même je suis ignoré, parfois rejeté- si, si, je l’ai vécu maintes fois, et de la part des administrations françaises ! Au contraire, mon implication dans la vie de la cité ne m’a apporté que du bonheur, des amitiés toujours vives. J’ai un oncle qui est conseiller municipal dans un bourg entre Dôle et Dijon, la France rurale, et il est né espagnol.
Mais aujourd’hui encore, je dirais aujourd’hui surtout, avec la montée des violences entre « clans », c’est difficile pour un enfant d’expliquer qu’il remplit les papiers administratifs parce qu’il est le seul à savoir écrire le français à la maison !
C’est inacceptable de noyer sous des tonnes de formulaires administratifs illisibles ceux qui ont déjà fait l’effort d’apprendre le français, c’est une façon de les rejeter ou de les laisser en proie à des associations bien souvent extrémistes.
C’est par la reconnaissance de la langue de l’autre, par son enseignement dans les collèges, et pour tous, que le principe de Nation Française sera vécu au quotidien !
La langue porte la culture , aussi doit elle porter des éléments religieux, des éléments de la tradition, plutôt que de les mépriser au nom d’une République Suprême !
Ne fabriquons pas nous mêmes nos propres frayeurs ! Les fanatismes sont toujours issus d’une misère intellectuelle grave. La France doit être pionnière, elle est « l’idéal » pour des milliers d’hommes et de femmes sur cette terre. Elle est avec l’Espagne, la pointe de l’Europe. Géographiquement ces terres sont forcément des terres d’immigration car après, c’est la mer !
Si aujourd’hui on enseignait l’arabe classique dans tous les collèges, non seulement tous les enfants d’origine magrébine ne serait plus obligés d’aller l’apprendre dans les écoles coraniques, mais ce serait une richesse pour les autres aussi. Il en est de même pour le swahili des petits africains. Le chinois, etc. Ecoutons-les ! Ne laissons plus des technocrates décider sans avoir écouté.
L’Europe est avant tout culturelle, métissée. L’agriculture, la culture, la mer, son droit, sont ses forces. Ces forces attirent les hommes d’autres pays qui fuient des régimes épouvantables.
Plutôt que de céder à des pressions en créant des instituts caduques et très coûteux, faits pour rassurer ceux qui se sont installés dans l’ancien régime, misons tout sur ce merveilleux lieu d’échange qu’est l’école. Qu’elle devienne vivante et intéressante !
L’Europe est un pays neuf. A un pays neuf, une vision nouvelle.
Manuel HERNÁNDEZ, né en 1962, en France.












Merci Cyrille pour ton papier par procuration. Merci aussi pour le titre de ton post qui correspont parfaitement à l’opinion de L’histoire de Manuel Fernandez est aussi l’histoire de l’Europe qui s’est construit et de la propagation de la tolérance et de l’ouverture sur notre vieux continent. Il a raison Manuel, l’école est un merveilleux lieu d’échange et d’intégration. Le déluge nationaliste qui s’abat sur cette campagne est inquiétant. Comme l’est le silence des grandes voix européennes françaises : Veil (qui a fait le service mimimum) , Barnier aux abonnés absents, Borloo tout à son rapprochement avec Sarko, DSK et Moscovici qui sont aphones ou Kouchner . Ce dernier a toutefois l’excuse d’une mobilisation pour l’urgence du Darfour.
Merci pour ce témoignage…Je vous conseille le reportage diffusé MALHEUREUSEMENT samedi à 00h25 et qui doit repasser vers 3h00 du matin un de ces soirs “LA REPUBLIQUE A PETITS PAS”. c’est un reportage sur une classe de CE1 dans le 11ème à Paris où… Mes enfants sont scolarisés. Et c’est vrai que cette école est un bonheur de mixité sociale et nationale. Dans ce reportage, il est dit que 23 nationalités composent cette classe [nationalités ou origines différentes etc…]. Les amis de mes enfants s’appellent Etienne, Bala, Medhi, Virna, Sérena, Dylan, Yassine… Mes parents (du Nord/Pas-de-Calais dont je suis originaire) m’en ont fait la remarque en allant un jour les chercher à la sortie versus l’école de St Omer où va leur cousin ( dans le public pourtant également) : “C’est incroyablement coloré!”. Je ne prône pas ici le 100% public dans l’école, la régularisation massive des sans-papiers ou quoi que ce soit d’autres. Je constate (comme vous), la richesse qu’apporte le mélange des êtres, des langues, des origines… Le reportage que j’évoquais plus avant démontre du reste qu’avec un corps enseignant de qualité [ce qu’on a la chance d’avoir : pour les connaitre en tant que parent d’élève, je peux vous assurer qu’en “bonne intelligence”, les enseignants parviennent à faire que ça marche; ET JE LES EN FELICITE AU PASSAGE]. Et, les enfants en tirent enseignement sur leur prochain, et surtout, sans s’en rendre compte “oublient” de juger sur la couleur, l’origine ou la richesse familiale!
Sans être happé par les slogans démagos qui montent les adultes (plus pervertis peut-être par leur histoire propre) les uns contre les autres, c’est ainsi qu’on construit une génération plus ouverte qui sera naturellement “Européenne”.
Incident Gare du Nord : Le Pen 2%. Quel néant! J’espère que les Français ne seront pas dupes et sauront faire la part des choses pour dessiner un bon avenir… Très Européen, très ouvert, et très altruiste.