Blogosphère, anonymat et identité virtuelle
Publié by Soseki mars 12th, 2007 in Identité démocrate, Profane et drôle, blog politique, medias
Cette accroche a toutes les caractéristiques d’un bon troll, je le lance donc, bien conscient de la vacuité de la tentative. Folie !
Pseudo, identité virtuelle, personnage et bloggeur en représentation, ces velléités embrassent et suscitent mille polémique passionnantes ; elles le sont encore plus lorsqu’il s’agit d’opinions politiques et que les élections présidentielles exacerbent les esprits. Le net s’affiche comme un immense champs de confrontations des opinions, éclatés dans des espaces publics fragmentés, et marqué, entre autre, par un usage bien établi du pseudo.
Certains avancent que la démocratie est devenue plus “participative” grâce à internet, chaque citoyen pouvant désormais s’exprimer avec une chance raisonnable d’être lu, en créant son site ou son blog, autorisant une liberté de ton renouvelée. Sur le plan technique c’est un argument presque recevable, mais sur la dimension sociale les marqueurs et signes de reconnaissance se recomposent dans le virtuel à une vitesse étonnante. Cela représente en tous les cas une bonne occasion aux citoyens lambda de bousculer les agenda médiatiques trop réglés.
Puisant à la fois dans un registre d’écriture qui relève de l’intime (carnet de bord, journal personnel) et reposant simultanément sur les commentaires que ces mêmes propos suscitent, le principe des blogs est d’emblée paradoxal, à fois source de sa richesse et faille dans le tout à l’ego. La meilleure illustration de ce phénomène est la dernière élection européenne en 2005 avec une campagne qui a vu les grands médias donner écho à de nombreuses initiatives et argumentaires diffusés sur Internet en premier lieu (Collectif Publius, Etienne Chouard ..).
La question de l’anonymat des rédacteurs de blogs suscite empoignades et interrogations sans fin, renforcé par le caractère rapidement épidermique de l’argumentation déployée par les internautes-bloggeurs, dans un style proche du bon vieux café du commerce ou du dîner de famille ; exercice qui sur les blogs oscille, sans jamais trancher, entre improvisation orale et permanence de l’écrit…
Ce qui d’emblée suscite le trouble réside dans la préférence que les gens ont à privilégier l’anonymat plutôt que leur réelle identité dans les multiples formes d’agora virtuelles (forums, blogs, sites …), comme c’est le cas sur ce “blog du démocrate”. Même des bloggeurs connus ou influents (Radical Chic, Versac, Journal d’un avocat, Koztoujours) préservent avec plus ou moins de subtilités ou de malice leur identité grâce à leur nom de plume. Nous sommes plusieurs ici à avoir fait ce choix du “pseudo” comme moi d’ailleurs, quand d’autres s’affichent sans difficultés.
Les raisons qui poussent à me préserver - googlite et protection des données personnelles et raisons professionnelles pour ma part - ne sont pas celles d’une responsabilité potentiellement esquivée. Dans ce contexte mon avatar virtuel ne prétend pas non plus à l’autonomie, ni ne représente une extension fantasmée censée tenir un propos plus libre, plus enlevé qu’à l’accoutumée. Plus simplement ce mode de présentation permet la construction d’une identité politique originale qui s’assume dans un cadre s’assimilant au café du commerce où l’on n’exige pas le matricule de chaque prétendant à la parole. Où les discussions ne portent pas immédiatement à conséquence. A cela il faut immédiatement ajouter que le propos se doit d’être assumé, que l’auteur soit sous pseudo ou pas, et que la responsabilité juridique demeure la règle (en tous les cas sur ce blog).
Pour autant cette situation introduit un biais dans rapport à la chose publique, dans le fait d’assumer ce rapport de manière directe, transparente ; de se coltiner au réel de nos interventions en quelque sorte, publiquement. En cela je comprends que cela pose problème et que l’on atteint les limites du médium dans sa forme actuelle. L’organisation de cafés politique rassemblant les bloggeurs vient pallier la nécessité de rétablir cet équilibre réel/virtuel et ainsi répondre à l’exigence de la levée de l’anonymat pour partager la chose publique.
Tous les bloggeurs vous le diront, on n’invective pas de la même manière un interlocuteur avec qui on a déjà partagé une bière ou un verre d’un breuvage quelconque, pourvu qu’il sorte d’un bon flacon. Dans tous les cas il nous reste les dîners en ville et les café politique, et avec les présidentielles ces occasions ne vont pas manquer.
A vous lire bientôt …












Eternelle question de l’anonymat. La plupart des blogueurs que tu cites ont en général une bonne raison (professionnelle) pour ne pas dévoiler leur nom. Cela n’empêche pas de décovrir la personne, de considérer son historique, de savoir à quoi s’en tenir avec elle. L’autorité ne se décrète pas sur titres, mais à l’usage.
C’est une différence par rapport au café du commerce : il y a un historique, une progression, et ce café est ouvert et connecté à des millions de personnes.
Pour ma part, j’ai totalement levé mon anonymat depuis deux ans, mon pseudo me servant juste à gagner du temps et en simplicité. Je gagne 14 lettres à taper à chaque fois, c’est plus simple.
Personnellement, j’y vais à visage découvert. C’est plus “déontologique”. Maintenant, je comprends que certains doivent se cacher derriere des pseudos pour des raisons essentiellement professionnelles. Mais l’utilisation abusive des pseudos entraînent souvent une baisse de qualité des blogs, les rédacteurs et commentateurs se laissant aller, et souvent les injures pleuvent..Ce qui n’est pas fait pour relever le niveau de la démocratie, même dans la blogosphère.
A terme je suis persuadé que le pseudo va perdre du terrain et que l’attachement à un nom de plume rapidement identifiable - c’est une nuance importante - s’y substituera, dans l’intérêt du débat démocratique et le désir bu bloggeur lui même (la reconnaissance …enfin)
Sur la progression et l’importance du temps long, Versac pointe effectivement les limites de la métaphore “Café du commerce”. Une micro-communauté virtuelle et son audience se construit patiemment sur les contributions des “habitués”, plus ou mois fidèles et courtois. Pour la sobriété il faudrait lancer un sondage sur les poisons de chacun !
… j’avais tendance à penser que les réflexions posées sur ce blog étaient d’une toute autre dimension de celles des conversations du café du commerce… sympathiques au demeurant, mais….
Agora virtuelle, café philo, communauté articulé autour du couple lecteur/rédacteur, ce que je veux creuser c’est bien le dépassement de cette métaphore “café du commerce” qui colle à la peau des blogs.
J’espère que comme tu le dis David, nous arrivons parfois à dépasser ce niveau …