Droit de réponse…
Publié by david mars 4th, 2007 in Europe, Présidentielles 2007J’ai lu sur ce blog, le commentaire d’un internaute manifestement sarkosyste (pourquoi pas…), sur l’excellent article de Mesina nous sensibilisant sur la crise italienne maintenant résolue et à travers elle, les « méandres » du paysage politique italien.
Non que cet internaute ait souhaité apporter quelques éclairages sur le sujet, comme par exemple évoquer l’idée qu’une cause probable de la crise politique qu’eut à traverser l’Italie, réside peut-être dans les travers des régimes parlementaires (ce que je pense), plutôt que de cela donc, celui-ci s’est essayé à une sorte de « best off » des florilèges sarkosiens sur la question européenne.
La démonstration est navrante, et il est à se demander si ce Sarkozy ne surf pas sur l’ignorance de ses partisans…
Reprenons donc chacun des points évoqués.
Il semble selon le candidat Sarkozy, que le renforcement de l’UE passe par l’adoption d’un nouveau texte constitutionnel, axé sur les institutions, la création d’un Président et d’un Ministre des Affaires étrangères… Nous partageons ce point de vue mais, soulignons cependant : pour ce qui est d’un Président, il existe déjà : le Président du Conseil Européen, (aujourd’hui la Chancelière fédérale allemande Angel MERKEL) en poste pour six mois. Alors on peut évidemment renforcer ses attributions, allonger son mandat, créer un nouveau statut, mais en soi, l’institution existe, rien de nouveau donc. Quant à la création d’un Ministre des Affaires étrangères : ceci est en effet plus que souhaitable et sans aucun doute nécessaire, mais là encore, l’idée n’est pas neuve, François Bayrou le réclame haut et fort depuis longtemps, le mentionne dans son programme, et par ailleurs, comme je l’évoquais dans mon précédent article « Europa über alles ! », Angela MERKEL en janvier dernier a expressément visé cette nécessité dans son discours devant le Parlement européen. Pour ce qui est de la question du texte constitutionnel, là encore, François Bayrou le réclame et explicite sa pensée dans son programme, de même, la Chancelière fédérale a également exprimé le souhait d’aboutir d’ici à 2009 à la mise en place d’un processus aboutissant à l’adoption d’un nouveau texte. Sur ces points, Nicolas Sarkozy n’est pas force de proposition.
Le candidat UMP souhaite également une UE « plus protectrice », en permettant « des échanges de fichiers et de renseignements ». Dites au candidat que ce système s’appelle « Europol » ! Par acte du Conseil en date du 26 juillet 1995, il fut institué l’Office Européen de la Police. Sa mission première, est d’améliorer l’efficacité et la coopération entre chacun des services compétents des Etats membres afin de prévenir et lutter contre la criminalité organisée. Et très justement, ces moyens consistent dans le cadre de la coopération policière à faciliter les échanges d’informations entre Etats membres. On peut certes améliorer ce dispositif, mais là encore le candidat Sarkozy n’invente rien !
Création d’un procureur européen… effet d’annonce… la pilier judiciaire européen existe déjà !
Pour reprendre les termes de notre ami internaute, « Nicolas SARKOZY veut aussi créer une force d’intervention européenne de sécurité civile (« casques verts ») ». Vert kaki ? Alors je ne sais pas exactement de quoi il en retourne, mais s’il s’agit de donner à l’Europe un corps militaire, et bien… encore une fois, il existe déjà ! Et oui, cela s’appelle « l’Eurocorps ». Sur cette question, le site du Parlement européen est très riche d’enseignements. Je ne vais donc pas plagier ce site, mais retenons simplement que ce corps depuis 1993, s’est illustré en Bosnie-Herzégovine en 4 contingents successifs pour renforcer le QG de la SFOR ; au Kosovo à Pristina et à Skopje, bien entendu sous l’égide de l’ONU.
Par ailleurs, comme le souligne encore le service de presse du Parlement dans un communiqué en date du 19 juillet 2006, « Fin décembre 2002, le QG du Corps de Réaction Rapide Européen (dénomination officielle complète) devient un des six état-majors de réaction rapide de l’OTAN sous l’appellation NRDC-EC (NATO Rapid Deployable Corps - Eurocorps, Corps déployable rapidement de l’OTAN - EuroCorps) (…) Du 9 août 2004 au 11 février 2005 a eu lieu l’opération extérieure majeure du Corps européen: son état-major prend le commandement de la 6e Force Internationale d’Assistance à la Sécurité (ISAF 6) en Afghanistan, sous mandat de l’ONU et sous commandement de l’OTAN (…) ». Rendons cependant à César ce qui lui appartient, pour sarko, les casques doivent être verts et non bleus… qu’à cela ne tienne !
Egalement, aux dires de notre internaute, Nicolas Sarkozy semble manifester le souhait qu’à l’échelle européenne, un partenariat plus fort émerge, pour aboutir à des actions concrètes en matière « d’immigration, d’énergie, d’écologie, politique industrielle ou recherche biomédicale ». Sur ces points, rappelons que l’UE pour 2007 consacrera 44,86 milliards d’euros aux financements des fonds structurels, de la recherche et de l’éducation ; 54,72 milliards aux ressources naturelles (agriculture, environnement). En matière d’immigration, le dispositif Schengen n’est peut être pas parfait, mais illustre l’attention portée par l’Union sur cette question, et ce, depuis bien des années. En somme, les préoccupations du candidat sur ces sujets sont certes louables et respectables, mais ne nous y trompons pas, la coopération européenne est en la matière déjà bien réelle et concrète.
Par exemple, sur la question biomédicale, dès 1999, le CNRS a mis en place un groupement de recherche européen (GDRE) permettant à des laboratoires français, allemand et luxembourgeois de développer un projet de recherche commun sur une famille de récepteurs cellulaires impliquée dans de nombreuses maladies. Peut-être n’est-ce pas assez concret pour Sarko, mais peut être aussi, n’en connaissait-il pas l’existence…
Soulignons par ailleurs la création de la toute nouvelle Agence de recherches de pointes qui vient d’être créée et inaugurer à Berlin. Animée par 22 chercheurs européens, l’UE vient de s’offrir un organisme de tout premier plan en matière de recherche fondamentale.
Sur la question de la mobilité en Europe, à destination des jeunes, il est proposé une « généralisation des programmes Erasmus et Leonardo (…) l’augmentation des bourses de mobilité et le développement des prêts à taux zéro ». Sur ce point, outre le fait qu’il ne nous est pas expliqué comment peuvent être mis en place les dispositifs proposés, soulignons que l’UE n’a pas attendu le candidat Sarkozy. Ainsi, l’UE incite les étudiants à faire une partie de leurs études dans un autre Etat membre. Des bourses sont attribuées, en France notamment via les Conseils régionaux, les Conseils généraux et les municipalités. Les divers programmes permettent également de s’ouvrir au-delà des seules frontières de l’Union. Ainsi et pour exemple, l’UE accorde des bourses aux étudiants européens désireux d’effectuer des stages de 8 mois dans une entreprise japonaise. Le stagiaire, logé gratuitement par l’entreprise d’accueil, reçoit une bourse de 15 000 euros destinée à financer le voyage et le séjour.
Au jeu de la surenchère, préférons le concret…
L’idée d’un renforcement de la coopération entre Etats membres et le souci de négocier un partenariat privilégié avec la Turquie, n’est là encore pas novatrice. François Bayrou l’évoque précisément dans son programme. Par ailleurs, soulignons que l’idée de mettre en place un système de coopération et de renforcement institutionnel en considération de chacun des Etats, n’est pas neuve. Déjà en son temps Jacques Delors évoquait cette nécessité, relayé par François Bayrou. Quant à la Turquie, la volonté de développer un partenariat économique privilégié et d’abandonner toute idée d’intégration est défendue précisément par le candidat centriste et l’actuelle Présidente du Conseil Européen.
Mais il est aussi intéressant de s’arrêter un instant sur le discours prononcé à Madrid le 27 février 2007, au cours duquel, le candidat expose avec beaucoup d’éloquence la nécessité d’engager la création d’une « Eurafrique » en réponse aux “conquêtes africaines” déjà réalisées par les Etats-Unis et la Chine. L’idée pour Sarkozy est de créer à l’initiative des pays du pourtour méditerranéen, une « Union Méditerranéenne » ayant « (…) vocation un jour à avoir avec [l’Union Européenne] des institutions communes (…) ». On l’aura compris, la préoccupation est d’œuvrer davantage pour le développement des échanges commerciaux, que par le renforcement institutionnel d’une union existante…
En fait, il me semble plus pertinent pour apprécier la dimension européenne du candidat Sarkozy, de s’arrêter un instant sur les autres points évoqués, à savoir : renforcement du rôle du Parlement français en matière de décision européenne ; interventionnisme en matière de politique monétaire ; garantir la préférence communautaire (à défaut d’être nationale…).
Ce sont sur ces thèmes que l’on peut apprécier à sa juste valeur le personnage. Il est très éloquent je trouve d’appréhender la question européenne sous un angle national. Ainsi, plutôt que d’évoquer la question du renforcement des pouvoirs du Parlement européen, par la généralisation de la procédure de codécision par exemple (point qui faisait partie intégrante du projet de constitution avorté), Nicolas Sarkozy préfère s’en tenir à une sorte de procédure appliquée au Parlement français qui renforcerait son rôle en matière de définition de la politique européenne. C’est une autre idée de l’Europe…
Sur la question monétaire nous nageons ici dans la surenchère politicienne pour ne pas laisser le champ libre à Ségolène Royal. Car il est d’usage chez ces gens là, de considérer que les maux français reposent pour beaucoup sur la politique monétaire définie par la BCE. Mais voyez-vous, la BCE a des statuts, qui ne peuvent être modifiés que par le consentement de chacun des Etats membres. Et déjà, les allemands ont fait savoir qu’il n’était pas envisageable de porter atteinte au principe d’indépendance de la Banque Centrale.
Touchez à l’indépendance de la BCE, et nous nous exposerons alors à une sévère crise européenne. Car au-delà des allemands, bien d’autres partenaires sont et seront, à raison, de farouches défenseurs de la BCE. Sur ce thème, les archives des discours du candidat Sarkozy illustrent une certaine constance du personnage. Ainsi dans « Le Figaro » du 22 juin 2006, il est rappelé que déjà, lors de son discours d’Agen, Nicolas Sarkozy s’attaquait violemment au gouverneur Trichet et à la politique de la BCE.
Au final, le « grand projet » sarkozien sur l’Europe, fait, comme dirait l’autre… « Pschitt » !
La question européenne est bien difficile pour Nicolas Sarkozy, mais comment pourrait-il en être autrement pour ce disciple de celui qui prononça l’appel de Cochin !












Tout à fait d’accord avec ce billet très bien documenté. Sarkozy est difficlement crédible sur l’Europe.
J’ai moi-même publié ce matin un billet qui va dans la même direction.
Cordialement,
Catherine, blog “l’Europe dans la campagne”
http://catymi.blog.lemonde.fr/