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Blog r�f�renc� par Marianne2007.info






Et si la vérité n’était ni de droite ni de gauche ?

Et si à choisir entre deux horreurs, le choix se portait ailleurs, vers celui de la vérité criante : celle du refus de la barbarie pour le triomphe d’un être considéré pour lui-même, comme un homme de désir de vie ?

Michel henry, philosophe, ancien résistant, professeur de philosophie à l’Université de Montpellier, décédé en juillet 2002, phénoménologue dans la lignée de Husserl, nous conduisait vers ce chemin en publiant dès 1990, un livre sur l’échec du socialisme mais aussi sur la désillusion à venir du capitalisme s’annonçant comme un futur désastre humain.
 

Du communisme au capitalisme, théorie d’une catastrophe, s’ouvre sur l’échec du socialisme, c’est-à-dire l’échec d’une organisation rationalisée de l’activité humaine qui a abaissé l’individu en l’ayant remplacé par une série d’abstractions : peuple, classe sociale, histoire. Ici les personnes réelles sont considérées comme de simples produits de société, une fausse justice sociale répartit les salaires indépendamment du mérite, la pénurie arrive rapidement par ce système économique décourageant et borné. Chacun est amené à être coupable de fait car pour vivre simplement dans l’univers communiste, il faut tricher : marché noir, dénonciations, ressentiments sont au bout de ces régimes inévitablement policiers.
 

Le marxisme se propose comme théorie fasciste, c’est-à-dire qu’en réalité on refuse à des êtres d’être ce qu’ils sont. C’est une pure négation de la vie, on abaisse l’individu de façon à rendre légitime son inévitable suppression. Le fascisme se révèle ici comme un processus d’auto-négation de soi, ainsi sont liquidées des couches entières de population au nom de la classe dite “opprimée” et ne demeurent que des droits théoriques encadrés par un racisme social et ethnique. Puis tout se détruit de lui-même car tout abaissement de l’individu conduit à la ruine de la société qui a programmé sa chute en enlevant « l’Homme » du procès.
 

La condition métaphysique de la vie est d’être un pouvoir d’accroissement, de dépassement de soi et l’économie capitaliste repose sur cette donnée à l’origine, sur la force de travail vivant. Les individus produisent plus qu’ils ne consomment, on parle de sur-travail comme bénéfice individuel ou familial, bénéfice alloué généralement à ce qui rend l’être un sujet culturel et social. Mais avec l’industrialisation, une majorité d’hommes dépouillés de leurs moyens de production sont réduits à leur seule force de travail qu’ils échangent contre une valeur d’usage minime (salaire), ainsi le travail ne devient plus qu’une valeur d’usage, une détermination économique dans un système. La production visant la satisfaction des besoins est limitée mais la production d’argent est illimitée, le problème c’est que ce ne sont pas des idéalités qui produisent des valeurs, le procès réel est alors démis de sa finalité vitale. Plus la part de travail est réduite, plus la productivité et les valeurs d’échanges peuvent croître, c’est ce qu’a permis la technique. Mais avec l’élimination progressive du travail vivant il y a pléthore de bien et finalement peu d’argent pour en acheter, cette crise est quasi permanente et le capitalisme y a perdu sa référence majeure à la vie. Le problème c’est qu’en s’éloignant de la vie du fait de l’élimination de l’individu vivant dans le système techno capitaliste, celui-ci revient en quelque sorte à la négation théorique où ont aboutis les régimes socialistes.
 

Je pense que M. Henry fait mouche et qu’il arrive en quelque sorte aux mêmes conclusions que R. Aron sur la nocivité moindre du capitalisme par rapport aux régimes collectivistes, mais en tenant compte avec réalité de la critique que Marx fait du régime sans adouber les solutions socialistes. Il peut faire frémir les libéraux mais à tors car il reconnaît le prima du mérite et voue un mépris réel à l’étatisme. Quelque part c’est une critique du socialisme sans l’idéologie libérale comme alternative et une critique du capitalisme sans idéologie socialiste, il est troublant car il est « hors idéologies », comme la plupart des individus d’ailleurs, qui ne choisissent une idéologie habituellement que par faute de mieux. Une troisième voie pourrait peut-être incarner ce mieux, mais pour cela il devrait incarner le « plus humain » avant même de prétendre incarner la vérité. Michel Henry nous indique ici simplement les écueils à éviter, c’est sa façon à lui d’utiliser son droit de cité, car on reconnaît que même si cela devient difficile du fait des dérives qui nous mèneront sans doute à la barbarie, nous restons dans un espace de liberté où le progrès, la libéralisation économique ou des mÅ“urs, le marché bien que passant avant l’homme laissent tout de même s’exprimer les êtres de vie.

 

Malgré un portrait sombre en conclusion de son livre Michel Henry rappelle que même maltraitée la vie ne se résoudra pas à mourir et faisant référence à Maître Eckhard il rappelle la détermination de tout individu à vivre malgré tout. Il conclue ainsi :
La Vérité est un cri : c’est le cri de la vie, qui dit qu’elle est la vie et qu’elle veut vivre.

 

Note: Sur l’idée démocrate quelques bonnes pages de Du communisme au capitalisme

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10 commentaires à “Du communisme au capitalisme, théorie d’une catastrophe”

  1. 1 Sophie L.

    Je suis bien heureuse de voir mentionner ce grand philosophe M.Henry trop souvent écarté par son côté “inafiliable” ni conservateur ni gauchiste surrement ré-volutionaire plutôt que révolté. En tout cas merci et lisez cet ouvrage pour les autres car il est excellent!
    (la barabarie est aussi formidable, je dirais même plus encore car il est plus vaste)

    sinon moi qui ne connaît pas trop les démocrates, je me fais mon avis: c’est assez sympas, bon blog!

  2. 2 sahar malek

    vous avez dit:

    “La condition métaphysique de la vie est d’être un pouvoir d’accroissement, de dépassement de soi et l’économie capitaliste repose sur cette donnée à l’origine, sur la force de travail vivant. Les individus produisent plus qu’ils ne consomment,”

    comment comparer “capitalisme| plus de travail | moins de consommation)?
    je ne trouve pas que l’on puisse comparer ces trois choses ! il faudrai plutot dire ” capitalisme= plus de W = plus de consomation” vous ne trouvez pas? :) ))

  3. 3 Sébastien

    1. Ce n’est pas de moi c’est de Michel henry d’après Marx.
    2. l’homme quand il travail produit plus que ce qu’il consomme tout seul, c’est à dire que quand je m’habille, mange, me loge … mon travail effectué est supérieur à ce que j’ai consommé. C’est plus que rentable. (ce qui pose aussi le problème des travailleurs pauvres… mais c’est un autre débat)
    3. Vous semblez confondre la notion consommation avec la condition consumériste pour poser la question ou le fameux adage : travailler plus pour gagner plus et donc consommer plus… là n’était pas mon propos.

  4. 4 Okasan

    Sur ce qu’a dit Sahar Malek,

    Iln’y a pas “Plus de travail, moins de consommation”, mais “plus de travail, plus de capacité d’accumulation de capital”. C’est l’erreur de Marx : il disait que le capitalisme pour survivre, a besoin d’étendre constamment son champs d’action, cad de créer de nouveaux marchés (d’où l’interprétation marxiste de la colonisation). Si le monde devient entièrement capitaliste, les marchés ne sont plus extensibles, et là : la baisse tendancielle du taux de profit devient inéluctable, cad qu’il devient impossible de redresser une courbe de productivité du capital qui, au niveau d’un marché mature est concave. Son erreur, ca a été d’oublier le progrès technique… et ce qui va avec, le bien-être. S’il y a du progrès technique, les marchés nouveaux ne sont pas géographiques, mais liés à l’innovation. Chaque marché, arrivé à maturité, peut bien avoir une productivité des facteurs décroissante (courbe concave de la rentabilité dans le temps, si vous voulez), mais au niveau agrégé de l’économie (dit macro), la productivité des facteurs n’a aucune raison de baisser, donc le taux de profit de baisser, donc le capitalisme de s’étouffer : la question centrale des dirigeants politiques est alors : fait-on ce quil faut pour valoriser le progrès. Bref, plus philosophiquement, la survie du capitalisme repose alors sur l’idée que la civilisation qui accepte ce modèle cherche aussi le progrès (Weber, pour le rapport à la religion, mais aussi Popper : le capitalisme repose sur l’idée de progrès, pas seulement technique, mais en général, sur le principe de “la société ouverte”) .

    Pour faire le lien avec la phrase de Sahar Malek : “plus de salaire = pouvoir d’achat = plus de dépense… en absolue, oui. Mais la dépense relativement au revenu (la “propension à consommer”, l’inverse, le taux d’épargne), elle peut baisser, et même, elle doit baisser : non pas parce que c’est le propre du riche d’épargner plus (c’est ce que l’on observe, mais rien ne dit que ce doit être tjs ainsi), mais parce que, pour que le revenu et la consommation croissent en absolue, comme il faut du progrès technique, il faut une accumulation de capital qui assure ce progrès technique, donc beaucoup plus de capital pour fonctionner… capital qui peut-être des machines, mais qui est aussi et de plus en plus, la connaissance , l’université, la R&D…

    Au final, la citation de départ est juste, mais incomplète… et la correction est juste aussi, mais à compléter par le terme ‘consommation en absolue’

    Voilà voilà. Si ca a pu éclairer des lanternes, ca fera un heureux, moi.

  5. 5 Okasan

    Sur le papier bien intéressant de Sebastien, je ne connais pas cet auteur. Je me renseignerais.
    La conclusion me rappelle un autre auteur, Karl Popper, épistémologue et philosophe, et en particulier, son oeuvre majeure, aujourd’hui un classique “La société ouverte et ses ennemies”. C’est sur l’influence de Platon sur toute la philosophie et surtout, sur la science politique européenne. Il fait l’affiliation de Platon et son Roi philosophe (le meilleur doit gouverner) au durcissement de l’Eglise en Europe au long des siècles (depuis le Concile machin qui a basculé de Aristote à Platon, et enterré, interdit même, Socrate), aux idéologies totalitaires, le fascisme, le marxisme (le philosophe et économiste, pas le sociologue) et le communisme.
    La “société ouverte”, c’est celle sans idéologie totalisante, ou l’homme est au centre, mais l’homme démystifié, fait de chair et d’esprit, ni bon ni mauvais. Constat sur lequel seul se fonde et doit être compris le régime démocratique. Dans cet esprit, le seul système économique n’oppressant pas par nature l’homme, c’est le capitalisme, plutôt le principe capitaliste.
    Bien sûr, à partir de là, tout reste à faire et l’auteur n’est pas économiste. Définir comme le capitalisme doit se réguler n’est pas son propos.

    C’est un grand classique, qui comme tous les classiques, a la propriété d’être d’une clarté rigoureuse et d’aller pourtant très loin. Je vous en recommande la lecture chaudement.

    Bref, vous l’aurez compris : il faut déterrer Socrate !

  6. 6 jp

    excellente idée que de nous rappeler karl popper. sa théorie de la falsification, tendre à rendre faux, dépasse le domaine de l’épistémologie et est le choix de la sagesse dans toute émission de théorie.
    merci camarade okasan

  7. 7 sahar malek

    merci okasan, vous etes aujourdhui un homme heureux :) ))

  8. 8 Israel

    If you don’t like, it you may lump it,

  9. 9 lucifer

    - “La société ouverte à ses enemis”, aussi intéressant soit-il recèle de nombreux écueils. Notamment sur Marx et sur Hegel. Faire de Hegel, un des apologiste du système autoritaire prussien n’a guère de fondements. Et tout ce qui vise à faire du
    matérialisme historique de marx, une sorte de déterminisme rigide qui soumet les hommes ne sont guère plus pertinents non plus (sans parler de la prétentue science économique que marx aurait fondé, alors qu’il s’agit que d’une critique de l’économie politique classique). Plutôt que de paraphraser, je donnerais des liens pour éclaircir mes propos :

    - Sur hegel, je renverrais aux travaux du professeur jacques hondt, dont on peut voir ici un aperçu :

    http://www.philosophie-chauvigny.org/spip.php?rubrique28

    - Sans oublier Peter-Anton von Arnim, qui s’en prend violemment à Popper, sur Hegel justement :

    http://www.hegel.net/fr/f311112323-les_allemands.htm

    - concenant marx, on peut justement renvoyer à la monumentale étude de Michel Henry, qui fait de marx, un penseur de l’individu

    http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/Macherey20022003/ArnaudFrancois.html

    - Sans oublier le philosophe marxien denis collin, qui dans son comprendre marx, démystifie tous la vulgate marxiste, prenant en sérieux cette boutade du penseur allemand ” ce que je sais, c’est que je ne suis par marxiste”

    http://pagesperso-orange.fr/denis.collin/determinisme.html (lien qui traite du déterminisme historique de marx)

    - a bon entendeur, salut.

  10. 10 lucifer

    - je rajouterais un autre lien, qui traite du rapport de la philosophie hégélienne aux civilisations autre que celle “”occidental”

    http://www.philosophie-chauvigny.org/spip.php?article57

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