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Blog r�f�renc� par Marianne2007.info




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Il n’est pas sûr que les dernières saillies de Daniel Cohen Bendit servent la campagne de ses camarades verts pour les régionales. Après son mauvais jeu de mot tendance catastrophiste sur le modem, le voici qui enchaîne avec un dérapage plus grave encore sur le candidat Georges Frêche qui n’en demandait pas temps pour sa réélection. Assurément ce discours va réconcilier les Français avec la politique. Ce n’est même plus une politique de la petite phrase mais un concours d’insultes. L’indulgence des grands ténors du PS ou d’Europe Ecologie envers les propos du personnage est tout simplement consternante mais révélateur au fond de leur volonté d’occulter des bilans locaux, et, plus encore de leur fébrilité dans cette campagne.

Cette fébrilité contraste avec les ambitions affichées il y a encore quelques semaines par Cécile Duflot pour l’Ile de France, que l’on aurait aimé entendre réagir sur les propos de son ami Dany. Et de fait si les verts prétendent incarner une nouvelle donne rien ne saurait faire oublier qu’ils ont de fait géré les régions main dans la main avec le PS cette dernière mandature, notamment à Paris, avec des résultats pour le moins mitigés. Surtout la crédibilité démocratique des Verts (Cécile Duflot et Vincent Placé en tête) laisse pantois tant la posture d’opposant qu’ils affichent nous feraient oublier un bilan dont ils sont sont pourtant coresponsables !.

Ces provocations et faux-semblants médiatiques côté Verts en Ile de France contrastent avec l’esprit de réalisme et la proximité du candidat modem, Alain Dolium dont nous avons déjà dit du bien malgré nos hésitations légitimes en début de campagne. Sur l’aspect programmatique et l’axe décisif du transport en particulier ses propositions font mouches (priorité au transports banlieue banlieue avec des bus propres, mesures tarifaires ciblées). Une partie de l’électoral écologiste risque ainsi fort de voter Modem ou PS afin de sanctionner le manque de réalisme de Duflot et des Verts.

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Pour ceux qui suivent la campagne des régionales en Ile de France de loin : l’idée d’un abonnement unique à 65€ par mois pour toute l’Ile de France (donc quelque soit la zone) est la proposition forte de Madame Duflot et des Verts.

Je crois que c’est une proposition triplement absurde. C’est absurde sur un plan économique, car à l’heure où les financements pour les transports manquent, le coût de cette mesure, environ 300 Millions d’euros par an correspond à 30% du budget régional annuel pour les transports. Comment sera comblée la différence ? Madame Duflot n’en sait manifestement rien elle même tant elle évite le sujet.

C’est également aussi une absurdité écologique, car l’enjeu aujourd’hui sur un plan environnemental c’est de contenir l’expansion de la ville pour rendre l’agglomération plus « éco-efficace » en évitant de générer de nouveaux flux de transports. Or en alignant tous les tarifs, du plus lointain au plus proche, on envoie un signal prix, aligné sur celui de l’immobilier, qui ne favorise pas la densification de l’agglomération centrale. Enfin, et surtout, promettre cela c’est à la fois se moquer de l’électeur et ne pas comprendre ses attentes. Ce que veulent les franciliens, comme l’a bien dit Alain Dolium sur LCI, ce n’est pas payer nécessairement payer moins, c’est avant tout avoir un service de transport fiable, performant, confortable. Les franciliens ne croiront pas au Père Noël, c’est-à-dire à une amélioration des transports avec en plus une baisse des prix. Les Verts payent à mon avis déjà le prix fort de cette proposition : ils ont à nouveau montré ainsi qu’ils sont incapables de gérer une collectivité, et donc une partie de leur électorat va voter socialiste.

J’aurais pu tout aussi bien consacrer ce billet au caractère pharaonique et décalé du projet de métro Grand Paris de l’UMP. Mais Jouanno avec son propos sur l’automatisation de la ligne 14 a tellement disqualifié cette liste que je ne vais pas développer. Tant et si bien que sur ce sujet clé de l’élection, vu le bilan mitigé de M. Huchon, c’est bien le « nouveau venu » Alain Dolium qui a le discours le plus structuré, le plus pragmatique et le plus proche des attentes des électeurs. Priorité clairement affichée en faveur des transports banlieue banlieue, en privilégiant les bus – plus rapides et souples à mettre en place, et en visant avant tout le désenclavement de certains quartiers ou zones d’activités avec  1.000 bus propres supplémentaires en moyenne et grande couronne ; mesures tarifaires ciblées sur les catégories qui en ont vraiment besoin (les jeunes) ; ces mesures d’urgence étant accompagnées d’une politique d’urbanisation visant à plus long terme à rapprocher autant que possible les lieux d’habitation, de travail et de consommation- loisirs.

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Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, Alexis Blanc est (l’ancien ? le toujours ?) Président du Modem de Charente Maritime . C’est lui qui a décidé de répondre favorablement à la demande d’alliance de 1er tour formulée lors du congrès d’Arras par Ségolène Royal pour la région Poitou Charentes . Ceci alors que le Conseil national du Parti avait validé la stratégie de listes autonomes dans toutes les régions françaises . Nul doute que la décision de Blanc était mue par l’intérêt de la cause démocrate même si la proposition de Royal , permettre au Modem de constituer un Groupe a peut être forcé son engagement altruiste . Tout était donc réglé, « acté » comme on dit en politique … Mais hélas « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » et lors du dépôt des listes, Alexis  Blanc a appris qu’il était rétrogradé de deux places sur la liste passant du rang 7 au rang 9 , ce qui va rendre son éligibilité difficile en cas de fusion de listes au deuxième tour . Il en est de même pour un autre co-listier issu du Modem dans ce département . La réaction de ce brillant stratège est ce soir on ne peut plus virulente et l’on s’étonne de tant de naîveté :
« Je suis extrêmement surpris et déçu. Je n’apprécie pas du tout la manière », dit Alexis Blanc qui ne décolère pas. « Personne ne me répond au téléphone, pourtant j’aurai une explication. »
Tous nos voeux vont à la valeureuse liste Modem de Poitou Charentes qui a résisté à ces mirages. Même si la situation est difficile, ils sont cohérents avec leur engagement pour un parti libre.

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Un mauvais sondage, le ralliement d’un président départemental à une liste concurrente , (d’une banalité extrême en période de bouclage de liste !) une personnalité qui de l’intérieur en rajoute dans le catastrophisme et l’on a l’impression que de l’optimisme orange on est passé au blues généralisé…

Le collectif du blog du démocrate (BDD) sans être aveugle sur ce qui se passe est assez serein. Le petit groupe d’amis qui l’a crée il y a plusieurs années en est à sa deuxième traversée du désert avec François Bayrou … 2002-2007, 2007-2012… Il a connu la difficile campagne de 2002 avec les railleries du bus au colza, les sondages à 3% et à 23%, les défections de ceux qui ont voulu créer l’UMP en nous garantissant le respect de la sensibilité centriste, le lâchage des « bédouins de Bayrou » en 2007 dont certains ont fait vraiment de la peine (Jean-Louis Bourlanges) , l’excitation de la campagne présidentielle de 2007 et la création du Mouvement démocrate , enfin les vicissitudes de toutes les élections intermédiaires . Tout ceci, le petit groupe du BDD l’avait, sinon prévu, du moins anticipé . Peu motivés par l’ambition personnelle mais mus par l’amitié, l’indulgence , un certain idéalisme et la capacité à encaisser les mauvaises nouvelles, ils ont tenu bon !
Et puis il y a des clignotants orange qui se rallument un peu partout :
- Des compétences solides en réserve sur les questions économiques , le développement durable, la défense , l’agriculture…
- De vraies révélations qui peuvent servir d’exemple pour la nouvelle génération militante (cf le post précédent de Mesina sur Alain Dolium qui se caractérise par avec une force de caractère et une capacité de progression étonnantes ) .
- Des militants chaleureux et enthousiastes que l’on raille sur quelques blogs comme des « benêts » ou des « courtisans » mais qui sont les grenadiers voltigeurs de la prochaine campagne présidentielle de terrain.
- Un chef intact dans sa détermination , sa vision et son image de repère auprès des Français.

Nous sommes prêts à aborder dès le lendemain des régionales cette dernière ligne droite de notre décennie militante avec François Bayrou .

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Comme beaucoup j’imagine, le choix d’Alain Dolium, vierge de tout engagement politique m’a d’abord surpris de la part de François Bayrou. J’ai eu depuis la chance d’observer d’assez près son début de campagne, et le privilège de partager quelques moments avec lui. Je vous le dis tout net : je suis pleinement rassuré, impressionné même, et je crois que c’est bien parti pour la campagne !

Passé l’effet de surprise bien amené par François Bayrou, on pouvait craindre l’essoufflement dans les médias. Il n’en est rien : manifestement le charme opère, n’en déplaise à sa jalouse d’épouse. Le lancement de campagne en Seine Saint Denis a été bien relayé – et les articles reflètent autant la sympathie qu’inspire le personnage que le cœur du message, déjà savamment martelé par le candidat et son équipe. Une autre difficulté était pour lui de conquérir les militants qui ne le connaissaient pas, et pour cause. Le bon score pour son investiture était manifestement dû avant tout à la confiance des militants dans le choix du patron et à une bonne mobilisation des cadres en sa faveur. Il lui fallait donc encore convaincre ! Mais d’après ce que j’ai vu, c’est fait – et bien fait. J’ai même croisé des militants après le Conseil départemental du Mouvement– dont une blogueuse émérite – qui avaient appelé à voter contre son investiture et qui m’ont dit : « finalement, il est pas mal ce type. Il gagne à être connu ». Alors, après les militants, les électeurs ?

En tous cas je trouve que le Modem devrait retenir cet exemple pour envisager le nécessaire renouvellement des cadres, après tant et tant de départs qui laissent le Mouvement quand même bien dépourvu sur le plan de la qualité des ressources humaines. Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de cadres de qualité en interne, je dis juste qu’ils sont bien peu nombreux à avoir l’étoffe pour assumer une campagne et des responsabilités. Après de nombreuses désillusions, François Bayrou a peut être compris que la carte « people » se retourne toujours contre le parti. La solution n’est pas non plus à chercher dans les quelques apparatchiks à bout de souffle du siège – et encore moins dans les quelques élus opportunistes venus à la soupe du centre (tiens, au fait ils sont moins nombreux en ce moment). Ainsi, en Ile de France, Alain Dolium est une excellente trouvaille, devenue absolument nécessaire dès lors que le Président de la fédération de Paris, qui lui possède l’envergure, n’était pas lui-même candidat.

Car on voit tout de suite la différence avec les « professionnels de la politique ». Alain est bien entouré, avec une équipe resserrée et efficace – et même aimable. Avec les gens du sérail, on aurait eu à l’inverse, comme d’habitude : une armée mexicaine, passant son temps à des coups bas en son sein, et méprisant naturellement le militant. Là où le professionnel de la politique fait mine de vous écouter, Alain  absorbe comme une éponge les quelques idées ou conseils que vous pouvez lui donner, et il s’en sert. Il ne perd pas son temps dans les jeux stériles pour la composition de telle ou telle liste, ou pour spéculer sur l’avenir d’un éventuel groupe au conseil régional. Bref, il apporte avec lui les méthodes de gestion de l’entreprise que nos amis élus n’ont pour beaucoup jamais connu. Comme il y ajoute un talent naturel pour la communication, pas de doutes Bayrou a eu l’œil du maquignon béarnais repérant la belle bête au comice… Alors évidemment, on lui fera un procès en « incompétence » (un comble quand en face une secrétaire d’Etat fait une erreur si grossière sur la ligne 14 qui devrait la disqualifier définitivement ! Si Alain avait fait la même erreur, qu’aurait-t-on entendu ?) Espérons que le milieu ne le formatera pas trop vite, qu’il saura capter le savoir-faire des vieux roublards d’élus, sans se pervertir. Tout ceci me semble garanti tant que la politique reste pour lui une seconde activité. Ce qui ne l’empêche pas, bien sûr, de voir au-delà des régionales, histoire de décevoir ceux qui croiraient avoir affaire à une simple étoile filante dans le ciel démocrate.

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  1. 1.     Le choc de la récession de 1993 (1)

Cette crise se caractérise comme la première à frapper la société française après que celle-ci soit entrée dans l’âge de l’enseignement de masse.

 Désillusions de la démocratisation scolaire et arrivée massive dans le secteur publique

La récession de 1993 a eu un impact très violent, notamment pour la jeunesse. En 2 ans, le chômage des jeunes ayant quitté l’école depuis moins de 5 ans s’accroît de + 30 %.  :

  • C’est le secteur industriel qui est le plus touché car le plus exposé à la concurrence internationale
  • Le chômage touche plus les jeunes hommes
  • Pour la 1ère fois les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur sont touchés (10 %) dès 1994
  • La politique de démocratisation de l’enseignement scolaire et universitaire (début avec J-P Chevènement) est prise à revers

L’accroissement brutal du chômage dans le secteur privé a pour conséquence de pousser les jeunes diplômés vers la fonction publique :

  • Or le nombre et la qualité des postes dans la fonction publique restent les mêmes
  • La fonction publique intégrait généralement environs 10 % de chaque génération. Près de 25 % des diplômés du supérieurs rejoignaient la fonction publique avant 1993 / on passe à près de 45 % chaque année après 1993
  • L’arrivée massive de jeunes diplômés a pour conséquence de nouvelles générations de fonctionnaires surdiplômés (ils sont donc plus diplômés que leurs alter egos du privé et que leurs aînés)
  • Avec la récession et l’augmentation massive de diplômés, une partie désormais importante des nouveaux venus fuient le secteur privé pour le secteur public, ce qui pose un problème de « qualité » pour le secteur privé
  • Cette arrivée massive de diplômés dans le secteur public provoque une surqualification, un durcissement de la compétition pour les postes à responsabilité et un ralentissement à la progression interne

Résultat :

  • Surqualification des nouveaux personnels du secteur public
  • Frustration fortement accrue pour ces diplômés ayant rejoint le secteur public (salaires et évolutions)
  • Concernant la hiérarchie des salaires : les salariés du public sont l’une des rares catégories à sortir à peu près indemne des crises et années de croissance « molle » / cette hiérarchie pour les salariés des classes moyennes du privé est en chute libre
  • Déséquilibre entre secteur privé et public provoquant un changement sociologique radical entre eux et ayant des conséquences politiques profondes

Conséquences politiques et sociales :

  • Salariés du publiques vus comme détenteurs d’un statut de privilégiés, notamment en période de crise
  • Les crises poussent les gouvernements à restreindre les dépenses, notamment dans le secteur public
    • Les salariés du public ont l’impression de payer pour une crise dont ils ne sont pas responsables alors qu’ils ont fait des « sacrifices » en termes d’efforts scolaires et professionnels (sentiment de déqualification)
    • En réalité, leurs revenus n’ayant pas baissé mais parfois même augmenté, leur position dans la hiérarchie sociale s’est améliorée
  • Les salariés du public aspirent donc à un « néo-socialisme » qui protège leur conditions sociales, voire les améliore, bref préfèrent un Etat planificateur à la « révolution prolétarienne »…
    • Le mouvement social de l’hiver 1995 est la conséquence directe pour la protection d’un statut chèrement acquis pour lequel on a sacrifié évolution professionnelle et reconnaissance sociale pour éviter chômage et retraites amoindries
    • Division du mouvement social entre un pôle réformiste (CFDT) et un pôle radical (SUD).
    • Les classes moyennes de la fonction publique versent dans la radicalité pour la protection de leur statut
  • A l’inverse les classes moyennes du privé sont surexposées aux crises et ne peuvent compter sur un Etat dont les ressources fondent et qui est lui-même exposé aux exigences de protections des classes moyennes du public : il y a donc une contradiction sociologique
  • Les classes moyennes du public penchent vers un conservatisme de gauche (PS/NPA) et les classes moyennes du privé vers un conservatisme de droite (UMP/FN)
  • MoDem et Verts attirent l’électorat des classes moyennes supérieures et intellectuelles du public et les nouvelles classes moyennes du privé (consultants, avocats, ingénieurs)
    • Apparaît une autre vision de l’économie avec l’aspiration d’un Etat régulateur du marché et fixant des lois, partenaire des entreprises privées, et l’émergence d’un « patriotisme économique ». C’est une synthèse entre la 2è gauche réformiste, la droite sociale dans le contexte des préoccupations environnementales qui s’inscrivent aussi dans de nouvelles peurs

 L’exemple du rejet de l’Europe et du réformisme libéral

Entre la victoire du « oui » pour le traité de Maastricht et celle du « non » du traité constitutionnel, 10 ans se sont écoulés. Et l’évolution sociologique a impacté l’évolution politique. Les classes moyennes et supérieures du public avec les classes supérieures du privé avaient permis la victoire du « oui » à Maastricht. En 2005 :

  • Les classes moyennes du privé, les plus touchées par les crises et fluctuations internationales, restent les plus hostiles à l’Europe et au réformisme.
  • Mais elles sont renforcées par le tropisme antilibéral des classes moyennes du public qui a fortement basculé dans le « non »
  • Et ces nouvelles générations de fonctionnaires se sentent « agressées » par les directives européennes qui « libéralisent »
  • Les 2 classes moyennes se retrouvent donc à présent dans leur rejet. C’est une convergence électorale inédite
  • En confrontant les jeunes, et notamment à présent les jeunes diplômés, à un marché du travail encore plus fermé, à la rareté des possibilités d’intégration et une nouvelle vague de fonctionnaires surdiplômés, s’est créé une nouvelle fracture particulièrement sensible du paysage social et politique français

 La valeur des diplômes

  • En 1975, les jeunes sans diplômes étaient 4 fois plus nombreux que les jeunes diplômés / en 2009, les jeunes sans diplômes sans 4 fois moins nombreux que les diplômés du supérieur et trois fois moins nombreux que les simples bacheliers !
  • L’accroissement des diplômés a provoqué une valeur exorbitante du diplôme
  • Il n’y a donc pas une perte de qualité des diplômés mais une valeur de concurrence extraordinaire entre les diplômes. La situation des diplômés ne s’est donc pas améliorée car le type de diplôme est la nouvelle mesure
  • L’informatisation et les délocalisations ont accru une dégradation de la situation des non diplômés
  • La compétition scolaire est donc devenue un enjeu démesuré, obsédante. Le poids de la réussite scolaire pèse ainsi plus que jamais sur les familles et les enfants
    • Les mieux placés sont ceux qui connaissent le mieux l’environnement scolaire (les familles d’enseignants) et ceux qui ont les moyens de financer les écoles ou prépas les plus chères ou plus longues (les enfants d’ouvriers sont 3 fois plus nombreux au chômage que les enfants de professions intellectuelles et cadres)
    • Les enfants d’ouvriers sont donc les plus exposés au chômage et aux postes les moins qualifiés
    • Par contre, l’obtention de diplôme élimine les différences sociales d’origine. La « culture » du monde enseignant devient donc un avantage réel (choix des options en vue de collèges et lycées « réputés », fuite vers le privé, puis choix des écoles et prépas)

 2.     Les enjeux de la récession actuelle

  • Les entreprises s’adaptent aux fluctuations économiques en ralentissant le rythme des embauches et en précarisant les nouveaux entrants
  • Les classes moyennes se déstructurent : le patrimoine (notamment immobilier) et les études (et moyens pour les études) font la différence
  • La gauche réagit en rigidifiant toujours plus le marché de l’emploi pour protéger ceux qui en ont déjà un (1993 : « plans de reclassements ») car les personnes que l’on licencie sont plus visibles que les emplois que l’on ne crée pas et les personnes que l’on n’embauche pas
  • Il est plus rentable électoralement d’être le rempart contre les licenciements économiques que de lutter pour l’embauche des jeunes et des anciens déclassés
  • Le discours libéral sur la dérégulation (moins de règles permet moins de contraintes à l’embauche) n’opère plus depuis la récession de 1993 (accroissement de diplômés dans le secteur public) et surtout depuis la récession de 2008 (née de la dérégulation financière)
  • Le modèle néolibéral s’est immiscé dans la société française : baisse des charges pour les plus nantis, l’individualisation de la société (concurrence entre salariés et chercheurs d’emplois, accession aux marchés financiers sans intermédiaires), la dérégulation économique et le moindre d’Etat, le blocage des salaires des classes moyennes (accru par les 35h) + l’explosion du marché immobilier a pousser ces ménages vers un surcroît d’endettement = a cassé les classes moyennes (2) en différenciant ceux qui possédaient un patrimoine avant l’entrée sur le marché du travail et les autres, et par un alourdissement de la concurrence entre jeunes dans les études
  • La notion de « flexibilité » devient centrale :
    • Le renforcement de la protection des emplois durcit la polarisation de la société, bloque l’intégration des jeunes mêmes diplômés
    • Dans les pays à forts coûts de licenciement, la probabilité d’embauche est la plus faible
    • Ce blocage de « nouvelles têtes » empêche l’arrivée de nouvelles idées, techniques, audaces
    • La durée du chômage est 3 fois plus longue en Europe qu’aux Etats Unis, le degré d’inégalité entre chômeur et salarié est plus élevé mais l’écart entre salaires est plus faible en Europe
    • L’ordre social repose sur des inégalités beaucoup plus statutaires et permanentes en Europe
    • Les comparaisons internationales deviennent importantes du fait des délocalisations et des entreprises, et des cerveaux…
    • Dans tous les pays, ce sont les salariés du public qui sont les plus satisfaits…
    • Ceux qui détiennent un statut (CDI et fonction publique) sont devenus des électeurs conservateurs et peu satisfaits : l’augmentation de la protection suscite un sentiment d’insécurité
    • A l’inverse, ce sont dans les pays comme l’Irlande et le Danemark où les emplois sont faciles à détruire que les salariés expriment le moins d’inquiétudes
  • Propositions ?
    • Abolir les statuts provoquerait de nouvelles inégalités (écarts de salaires, donc capacités d’investissements pour l’avenir inégales entre familles)
    • Le Danemark est souvent pris en exemple :
      • il y est presqu’aussi facile de licencier qu’aux Etats-Unis mais les chômeurs y sont beaucoup mieux et plus longtemps indemnisé (jusqu’à 4 ans)
      • et les chômeurs sont tenus d’accepter les emplois proposés (il y a donc une obligation de proposer un emploi au chômeur)
    • une faible protection des emplois et une forte protection des chômeurs contribuent à réduire le coût d’une éventuelle perte de statut
    • le « système universel de dotation initial » consiste à donner à chaque personne (à 18 ans ?) un capital de mois de formation, une bourse d’étude, de facilité d’emprunt : mais le coût serait exorbitant et l’on présume que chacun a la capacité d’être l’entrepreneur de sa propre vie
    • dans une société à statut telle que celle qui prévaut en France, l’évolution ne peut se faire que progressivement et non par rupture, en donnant un nouveau statut commun aux nouveaux arrivants  à une date précise, en y associant tous les syndicats

 Conclusion :

  • crises et récession ont frappé les jeunes de chaque génération décennale depuis 1974, et la mémoire des crises se diffusent, s’additionnent, avec chacune :
    • la crise du milieu des années 1970 a frappé les jeunes non diplômés, alors qu’avant l’accès à l’emploi et évolutions étaient ouverts à tous
    • la crise du milieu des années 1980 a frappé les jeunes diplômés se destinant au secteur privé
    • la récession de 1993  a créé un secteur public de jeunes surdiplômés
    • la récession de 2008 n’apporte pas de possibilités vers le secteur public, sachant que le secteur privé est « sinistré », et les classes moyennes du privé et public se déstructurent au regard des patrimoines économiques et intellectuels déjà existants ou non
  • l’école est devenue un enjeu de réussite extraordinaire
  • la France, comme nombre de pays d’Europe (Italie, Espagne, Portugal, Belgique, etc.), a créé une société à statuts. Or, les sociétés à statuts comme la nôtre installent dans la vie des enjeux de vie et de mort sociale
  • le secteur privé manque de jeunes diplômés et « surdiplômés »
  • politiquement :
    • classes moyennes du public et du privé se retrouvent dans le rejet de la réforme libérale
    • l’addition des électorats jeunes et classes moyennes accentuent le poids des NPA et FN, défiance des jeunes et catégories populaires vis-à-vis des institutions
    • la peur du déclassement et surtout celle de ne pas parvenir à un statut provoquent des politiques conservatrices reposant sur les peurs (rigidification des statuts, politique sécuritaires)
    • un tel niveau de pessimisme n’avait encore jamais été atteint par le passé

 Le cercle vicieux du système social français repose sur une rigidité extraordinaire des statuts. Cette rigidité exclue les « entrants », les jeunes, depuis 35 ans, provoquant un gâchis social et une sclérose économique. Et les diverses orientations de réforme des retraites prouvent particulièrement bien que le monde politique et syndical fonctionne en les excluant (3).

La situation politique figée, rejetée par les électeurs (abstentionnisme, radicalité, « zapping ») est la conséquence de cette société bloquée.

 Un système de flexibilité à la danoise semble le plus acceptable pour les Français. Mais pour cela, il faudra une responsabilisation extraordinaire des syndicats et des partis. Cette responsabilisation ne sera possible que dans le cadre d’un exécutif politique rassembleur associant sociaux-démocrates et droite sociale en passant par les écologistes « humanistes », et par là même un exécutif libre du clientélisme habituel. Or, le scrutin majoritaire peut être un frein, voire un blocage si la volonté sarkozienne de le réduire à 1 tour nous est imposée…

Lisez l’ouvrage d’Eric Maurin, il est tellement, malheureusement, une peinture actuelle de notre société française.

 

(1)   Eric Maurin, « La peur du déclassement », Seuil

(2)   Louis Chauvel, « Les classes moyennes à la dérive », Seuil

(3)   Denis Jeambar & Jacqueline Rémy, « Nos enfants nous haïront », Seuil

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En 2009, 300 000 salariés en CDI ont perdu leur emploi et sont à présent au chômage.
Le même nombre de jeunes sont sortis du système scolaire, sont déjà au chômage et fort probablement ne connaîtront pas le « statut » de CDI. 

Car c’est de « statut » qu’il s’agit, voici la thèse de Eric Maurin (1) : la structure sociale française repose sur des statuts qui se sont rigidifiés, provoquant une forte dichotomie entre titulaires de « statut » (CDI et fonction publique), et les autres. Les crises économiques, le conjoncturel, aggravent à chaque décennie à la fois le nombre de « hors statuts » et la distance entre ceux qui souhaiteraient décrocher ces statuts et ceux qui les détiennent et paient un prix de plus en plus lourd.
Cette situation provoque, de façon diffuse et ce dans toutes les catégories, « la peur du déclassement » : perdre sa situation, voire l’aggraver

Caractérisation de « la peur du déclassement » :La peur du déclassement est un phénomène global et diffus. Elle est une variable-clé  pour rendre compte du fonctionnement de la politique, de l’économie et de la société française.
En 2007, 0,16 % de la population vit dans la rue / 60 % des Français pensent qu’ils pourraient devenir SDF (48 % en 2006), INSEE.

 

Etre licencié en France, c’est :

  • subir une période de chômage parmi les plus longues des pays développés
  • ensuite être condamné à ne retrouver que des formes précaires et dégradées d’emploi

Les familles connaissent aussi le risque de déclassement par le poids des études, nulle part aussi élevé qu’en France d’après l’auteur :

  • en 2008, parmi les jeunes sortis de l’école depuis moins de 5 ans, 47 % des non-diplômés étaient au chômage contre à peine 7 % des diplômés du supérieur
  • échouer à l’école n’a jamais été aussi « disqualifiant »

Les pays où les pertes d’emploi suscitent la plus grande peur sont paradoxalement ceux où les emplois sont les mieux protégés et les statuts les plus difficiles à perdre : la probabilité de retrouver un emploi protégé y est mécaniquement plus faible, ce qui se perd est beaucoup plus précieux qu’ailleurs. 

1.     L’émergence d’une société à statut

Les années 1960 et 1970 se caractérisaient par une croissance très soutenue (+ 5,5 % en moyenne/an). Cette période est aussi celle où se crée un droit du travail de plus en plus protecteur pour une partie de plus en plus importante de la population active. C’est ainsi que s’est développée une société de salariés à statut (« protégés de l’arbitraire patronal ») :

  • La nécessité de reconstruction, le besoin d’assurer une production soutenue avait provoqué l’ordonnance du « contrôle d’emploi ». Ce contrôle d’emploi servira de fondement légal au contrôle des procédures de licenciement collectif par l’administration
  • Création des comités d’entreprise dans les établissements de plus de 50 salariés avec une compétence, consultative mais toujours exercée, en matière économique et sociale
  • 1950, création du SMIG (salaire indexé sur le coût de la vie)
  • En 1969, obligation d’informer et de consulter les représentants du personnel avant de procéder à des licenciements, jetant les bases d’une doctrine où le reclassement des salariés se conçoit avant tout dans les entreprises, en amont des licenciements effectifs. La priorité est donnée à la protection de ceux qui ont un emploi plutôt qu’au soutien et à la formation de ceux qui n’en ont pas encore ou plus.
  • 1970, création du SMIC (indexé sur l’inflation + le salaire moyen)
  • En 1973, remplacement de la notion de « louage de service » par celle du « contrat de travail » : qui ne peut se rompre qu’au terme d’une procédure précise. La loi institue par la suite le principe de préavis et d’indemnités de licenciement (durée et montant liés à l’ancienneté)
  • 1974, nécessité d’obtenir une autorisation administrative préalable au licenciement économique. Abrogée en 1986, toutefois en 1993 une nouvelle loi oblige l’employeur à définir et négocier des plans de reclassement avec droit des salariés de les contester.

 Cette situation d’un tel contrôle administratif est unique dans les pays occidentaux (excepté l’Espagne).

Surtout, ce n’est pas le démantèlement des statuts qui a précédé la montée du chômage, mais bien au contraire l’émergence du chômage de masse qui a entraînée un renforcement des protections des salariés.

De même, le coût réel pour l’employeur d’une embauche au salaire minimum double entre le début des années 1970 et le début des années 1980, en même temps que s’accroissent la longueur et le coût potentiel des procédures de licenciement…

Une contradiction structurelle s’est installée : le système social conçu dans une période de rattrapage industriel rapide et une ère complètement nouvelle de développement économique, à parti de 1975. Chaque décennie connaîtra sa récession.

Jusque la fin des années 1990, la population française n’est prête ni intellectuellement ni politiquement à un quelconque redéploiement des protections acquises dans l’immédiat après-guerre.

 Nouvelle donne sociale : croissance faible/récessions décennales/chômage structurel

Après le choc pétrolier de 1973-1974, une nouvelle phase de croissance économique apparaît (progression annuelle de près de 4 %). Or, le chômage des jeunes sans qualification (majoritaire parmi les jeunes travailleurs) continue inexorablement de monter, doublant en quelques années (13 % en 1975 / 22 % en 1980).

Les « jeunes » sont les premières victimes de cette « rigidification » du marché du travail. Pour que leur main-d’œuvre soit attractive, donc productive, il eut fallut que le nombre d’années de formation des jeunes entrant sur le marché du travail augmente d’un an tous les ans

Raymond Barre, conscient de cette « rigidification » et de la structure du travail et des esprits, avait tenté de la contourner par le CDD. Le but était de créer une introduction au marché du travail pour les jeunes et tous ceux qui ne pouvaient accéder aux « statuts ». Mais les socialistes en 1982 vont « cadrer » ce CDD en le limitant (temporaire et 1 fois renouvelable).

S’oppose ainsi deux conceptions, ou plutôt deux « préventions » : empêcher le recours abusif à des emplois temporaires / ne pas freiner l’embauche.

Mais le constat demeure : les différents types de contrats perpétuent une forme proprement française d’inégalité entre les individus par le degré de permanence des protections accordées par la société : le statut.
L’accès à un emploi protégé diffère selon l’état d’origine : au début des années 2000, 15 % des chômeurs arrivent d’une année sur l’autre à obtenir un emploi protégé, contre plus de 30 % des personnes en CDD. En même temps, 22 % des personnes en CDD à une date donnée sont au chômage un an plus tard, contre près de 65 % pour des chômeurs.
Ainsi, les CDD sont deux fois plus proches d’un CDI et trois fois plus éloignés du chômage que peut l’être les personnes au chômage à la même date.

 A la différence de l’Ancien Régime où se transmettait par héritage les « offices » (statuts et fonctions), chaque génération doit conquérir son statut, diffusant tout un ensemble de peurs pour tous :

  • Peur de ne pas acquérir de statut
  • Peur de perdre le statut acquis
  • Peur de voir ses enfants durablement marginalisés rendant l’autonomie impossible

Toutefois, jusqu’à la récession de 1993, le risque de perdre un statut protégé est rare (4 % d’ex CDI). En fait, dureté et rareté caractérisent le déclassement pour les statuts protégés : rareté de perdre le statut, mais perte totale quand on ne l’a plus. Le sentiment de peur est donc plus diffus que celui de la colère.

Surtout, chaque nouvelle récession creuse des inégalités nouvelles entre les individus : le fossé s’approfondit structurellement entre les catégories après avoir succédé à des difficultés temporaires liées à la conjoncture d’une récession.

 Le CDD est peu employé à cause de sa rigidité, il plafonne à 6,9 % (2,1 % pour les intérimaires) : les coûts d’ajustement et d’intégration sont devenus prohibitifs, sachant qu’aucunes des compétences spécifiques qui s’accumulent avec le temps ne sont possibles.

En cas de crise, ces CDD servent de variable d’ajustement en tarissant leur source. Ainsi, le statut réel du CDD varie fortement selon la phase du cycle économique. Mais la récession de 1993 va réduire la capacité du CDD à faire passerelle vers le CDI (21 % en 1991 / 13 % en 1997).

Avec les récessions, les personnes n’ayant pas de CDI subissent un déclassement rampant, voyant s’éloigner, et pour un certains nombre d’années, toute perspective d’intégration.

 La Relégation de la Jeunesse

Notre société à statuts et aux « rangs » a pour contrepartie la relégation des nouveaux arrivants (les jeunes) dans les antichambres de la citoyenneté sociale.

La relégation des jeunes est l’impact le plus violent et le plus « structurant » de notre société.

Le CDD avait été conçu à partir du constat que les retours de croissances n’endiguent pas les hausses permanentes du chômage des jeunes. Ainsi, à la fin des années 1980, le taux de chômage des jeunes passe de 25 % à 15 %, reflux qui s’observera à la fin des années 1990.

Mais l’essentiel des chocs économiques est directement encaissé par les nouveaux arrivants, malgré l’instauration du CDD et intérimaires.

Entre 1975 et 1980, le chômage des jeunes ayant moins de 5 ans d’ancienneté passe de 7,8% à 15,4 %, quand il passe de 3 à 4 % pour ceux qui ont 10 à 15 d’ancienneté. Cette aggravation inégalitaire se retrouve lors de la récession du début des années 1990.

 Cette inégalité structurelle subie par les jeunes et les non diplômés a une conséquence politique : Jean-Marie Le Pen au 2d tour des présidentielles de 2002. L’envolée de l’abstention et la percée de l’extrême droite au sein de l’électorat populaire dans les années 1980 montrent ce que peuvent être les ravages politiques d’une montée effective du déclassement (à noter l’exemple temporaire du poujadisme dans les années 1950 traduisant le déclassement subi par les classes moyennes non salariées – artisans et commerçants – au sein de la société salariale).

 Et la « peur du déclassement » s’inscrit tout au long de la vie : on commence par la peur de ne jamais trouver sa place, puis par celle de perdre les protections acquises, et enfin par celle de ne pas pouvoir transmettre à ses enfants de protections.

La société à statuts est particulièrement difficile à transformer parce que toute réforme paraît léser une génération au profit de l’autre.
De plus, la menace de déclassement menaçant toutes les générations et toutes les catégories, le sentiment d’injustice est diffus en cas de réforme.

Nouvelle conséquence sur la jeunesse : les enfants ne peuvent maintenir leur rang qu’au prix d’une lutte scolaire incertaine et sans merci.

 L’Individualisation de la société

Le marché des capitaux comme les relations sociales se sont profondément individualisées. L’individu a un accès direct au marché, il ne dépend plus d’une institution (2). Il peut ainsi s’enrichir… comme être ruiné.

De même, chacun s’est retrouvé en concurrence direct avec tous les autres, et les syndicats se sont fortement affaiblies : les relations d’emplois se sont individualisées, la mise en concurrence est devenue un principe de gestion.

Cette individualisation des relations sociales est un terreau sur lequel la peur du déclassement s’est généralisée.

 

 

(1)   Eric Maurin, « La peur du déclassement », Seuil

(2)   Jean Peyrelevade, « Le capitalisme total », Seuil

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Ségolène était heureuse hier, elle avait elle aussi, comme Sarkozy, sa prise de guerre avec le ralliement le matin même de son meeting du Président du Modem de Charente Maritime . Ceci alors que les adhérents de Poitou Charentes avaient quelques semaines plus tôt ratifié le choix de leur tête de liste autonome. Marielle de Sarnez a raison de parler de débauchage, c’en est !  Mme Royal a fait son marché en promettant un groupe de 5 élus pour le Modem . Ce type de mouvements quelques semaines avant une élection est extrêmement classique . Simplement auparavant les centristes étaient débauchés par l’UMP, cette fois ci c’est par le Parti Socialiste voire pour quelques individualités par Europe Ecologie (qui au demeurant a plutôt récusé un certain nombre  de personnalités demanderesses se réclamant du Modem ou de Cap 21) . Quand on assiste à ce type de ralliement strictement opportuniste on se dit que l’on a pas fait tout ce chemin vers l’autonomie politique pour aboutir à cela . Le MOdem traverse, en tant que Parti, il ne faut pas se le cacher une phase difficile depuis les élections européennes et trop de cadres départementaux ne sont bien souvent pas à la hauteur du défi immense qui est le leur : construire un Mouvement politique pour affronter en 2012 le combat ultime de la conquête. Certains perdent pied, d’autres changent de casaque du jour au lendemain (généralement de l’orange au vert et au rose maintenant) au gré des sondages et en offrant leur (tout  petit) titre politique ou mandat électif  comme caution  sans en référer à leurs mandants . Le management des ressources humaines au Modem n’est peut être pas son fort , on l’accorde. Ceux qui restent ou qui nous rejoignent, car il y en a bien évidemment, en sont d’autant plus méritants .  Mais ceux là sont motivés par les convictions et par l’espoir .

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Un ouvrage passionnant pour comprendre le Proche et Moyen Orient : « la saga des Hachémites », écrit par Rémi Kauffer (1). Ce livre extraordinaire nous explique, à travers la dynastie des Ben Hachem, descendant du Prophète, les origines des crises géopolitiques de la région : conflit israélo-palestinien, instabilité irakienne, wahhabisme en Arabie « Séoudite », conflit d’influence sunnite/chiite, communautés libanaises, etc…

Pour résumer un peu le livre, grâce à leur alliance avec les Britanniques et les Français, Hussein ibn Ali et ses fils ont combattu les Turcs sur toute la zone de la péninsule arabique et du Proche-Orient durant la 1ère guerre mondiale. Les victoires militaires, avec l’aide des Anglais et notamment le célèbre Lawrence d’Arabie, et les Français qu furent aussi souvent décisifs (Brémond, Reguieg et Raho) ont permis au père, chérif de La Mecque. Il se couronnera roi du Hedjaz, partageant une petite partie de l’île des Arabes (péninsule arabique) avec l’ennemi juré, Ibn Séoud. La famille des Séoud est liée au wahhabisme, tenant « d’une version ultrarigoriste de l’islam sunnite ».
Le shérif placera ses fils à la tête de différents royaumes, créant un « empire » hachémite : Fayçal en Syrie puis Irak et Abdallah en Jordanie.

Les atermoiements britanniques, hésitant entre les « bureaux » du Caire et d’Inde, verront les soutiens « onduler », se diversifier, s’engageant pour toutes les parties prenantes (soutien aux « sionnistes », parfois aux Séoud, à la France au Liban) et fragilisant trop souvent la maison des Hachem. Les Américains, pour leur part, cherchaient à s’implanter dans la zone, notamment pour son pétrole, et s’entendaient bien avec les wahhabites, pendant que les Français voulaient s’adjuger le contrôle du Liban et de la Syrie (suscitant un nationalisme arabe anti-occidental en Syrie, aggravant les tensions entre communautés au Liban).
Les puissances occidentales ont donc joué avec le feu, incapables d’asseoir une stabilité hachémite, incapables de comprendre les mouvements wahhabite et fondamentalistes musulmans, incapables de se retenir d’une vision colonialiste en imposant « leur » Etat d’Israël malgré l’entente des juifs et d’Abdallah et provoquant l’émergence d’un nationalisme arabe, incapables de percevoir les qualités politiques d’un Fayçal ou d’un Abdallah (dont les descendants règnent toujours en Jordanie).
On imagine ce qu’aurait pu être une région hachémite pacifiée, à l’Islam puissant et modéré, amie d’une Israël intégrée dans son espace… Mais ce n’est, encore ?, que de l’imagination.

Un résumé reste un résumé, partiel, rapide. Il faut lire ce livre, réellement éclairant sur la géopolitique arabe.

(1) Rémi Kauffer, « La saga des Hachémites, la tragédie du Moyen-Orient, 1909-1999″, Stock

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J’avais connu pendant quelques temps l’auteur, Philippe Benassaya. Un gars d’envergure, plein de qualités, et parfois les gâchant. Il est des promesses qui ont du mal à éclore.

En tout cas, son livre (1) est un véritable outil pour comprendre l’émergence de l’idéal libéral au sein de l’UDF. Philippe a croisé, rencontré les acteurs de l’époque. Il en a conçu, dans une écriture vive, un livre exprimant les réalités, forcément subjectives, des acteurs de cette période : de la création de l’UDF à sa fin, et de ses fins. Surtout la « secousse » d’une nouvelle génération : François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet, mais aussi Claude Malhuret. Sans compter les parallèles François Bayrou, Bernard Lehideux, notoirement VGE et autres.

Tous ces acteurs ont produit une nouvelle phase de l’UDF, une dynamique souvent séduisante.

Originellement historien de formation, Philippe sait reconstituer les enjeux de l’époque et inscrire son enquête, sur cette nouvelle génération et son identité libérale. On y voit clairement les dynamiques structurelles et individuelles. On lit en filigranes les différences entre futurs démocrates et libéraux, et surtout « néolibéraux », ce qui différenciera MoDem et UMP.

L’auteur sait aussi rappeler l’identité libérale européenne (2) par rapport à l’américaine (chapitre « la folie libérale » avec les mots notamment de Raymond Aron).

Si parfois il tend à montrer les travers aussi de cette génération, ses échecs (notamment dans leurs ambitions), il aurait été particulièrement intéressant de souligner certaines déviances de ce courant, ou de certains de ses acteurs.

Si l’UDF avait donné, ou plutôt redonné, sens à l’idéal libéral, dans sa tradition européenne, elle a aussi introduit le courant « néolibéral ». Cette nouvelle génération n’a pas vu, ou voulu voir, les ravages économiques, sociaux et écologiques (3) des néolibéraux aux Etats-Unis à partir de l’ère Reagan : défiscalisation, dérégulation, affaiblissement des capacités de l’Etat, destruction des classes moyennes et son endettement, surconsommation, ravages des ressources.

On est passé d’un capitalisme industriel à un « capitalisme actionnarial », avec la volonté fondamental d’externaliser jusqu’aux délocalisations, désindustrialisant Etats-Unis et Europe, transférant savoirs et capitaux.

 Livre utile donc, et qui suscite des attentes et interrogations.

 

 

(1)    Philippe Benassaya, « Les hussards perdus de la République, l’échec de la droite libérale », Bourin éditeur

(2)    Alain Madelin (sous la direction), « Aux sources du modèle libéral français », Perrin

(3)    Daniel Cohen, « La prospérité du vice », Albin Michel

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