Un mauvais sondage, le ralliement d’un président départemental à une liste concurrente , (d’une banalité extrême en période de bouclage de liste !) une personnalité qui de l’intérieur en rajoute dans le catastrophisme et l’on a l’impression que de l’optimisme orange on est passé au blues généralisé…
Le collectif du blog du démocrate (BDD) sans être aveugle sur ce qui se passe est assez serein. Le petit groupe d’amis qui l’a crée il y a plusieurs années en est à sa deuxième traversée du désert avec François Bayrou … 2002-2007, 2007-2012… Il a connu la difficile campagne de 2002 avec les railleries du bus au colza, les sondages à 3% et à 23%, les défections de ceux qui ont voulu créer l’UMP en nous garantissant le respect de la sensibilité centriste, le lâchage des « bédouins de Bayrou » en 2007 dont certains ont fait vraiment de la peine (Jean-Louis Bourlanges) , l’excitation de la campagne présidentielle de 2007 et la création du Mouvement démocrate , enfin les vicissitudes de toutes les élections intermédiaires . Tout ceci, le petit groupe du BDD l’avait, sinon prévu, du moins anticipé . Peu motivés par l’ambition personnelle mais mus par l’amitié, l’indulgence , un certain idéalisme et la capacité à encaisser les mauvaises nouvelles, ils ont tenu bon !
Et puis il y a des clignotants orange qui se rallument un peu partout :
- Des compétences solides en réserve sur les questions économiques , le développement durable, la défense , l’agriculture…
- De vraies révélations qui peuvent servir d’exemple pour la nouvelle génération militante (cf le post précédent de Mesina sur Alain Dolium qui se caractérise par avec une force de caractère et une capacité de progression étonnantes ) .
- Des militants chaleureux et enthousiastes que l’on raille sur quelques blogs comme des « benêts » ou des « courtisans » mais qui sont les grenadiers voltigeurs de la prochaine campagne présidentielle de terrain.
- Un chef intact dans sa détermination , sa vision et son image de repère auprès des Français.
Nous sommes prêts à aborder dès le lendemain des régionales cette dernière ligne droite de notre décennie militante avec François Bayrou .
Alain Dolium, le bon exemple ?
4 Commentaires Publié by Mesina janvier 31st, 2010 in Identité démocrateComme beaucoup j’imagine, le choix d’Alain Dolium, vierge de tout engagement politique m’a d’abord surpris de la part de François Bayrou. J’ai eu depuis la chance d’observer d’assez près son début de campagne, et le privilège de partager quelques moments avec lui. Je vous le dis tout net : je suis pleinement rassuré, impressionné même, et je crois que c’est bien parti pour la campagne !
Passé l’effet de surprise bien amené par François Bayrou, on pouvait craindre l’essoufflement dans les médias. Il n’en est rien : manifestement le charme opère, n’en déplaise à sa jalouse d’épouse. Le lancement de campagne en Seine Saint Denis a été bien relayé – et les articles reflètent autant la sympathie qu’inspire le personnage que le cœur du message, déjà savamment martelé par le candidat et son équipe. Une autre difficulté était pour lui de conquérir les militants qui ne le connaissaient pas, et pour cause. Le bon score pour son investiture était manifestement dû avant tout à la confiance des militants dans le choix du patron et à une bonne mobilisation des cadres en sa faveur. Il lui fallait donc encore convaincre ! Mais d’après ce que j’ai vu, c’est fait – et bien fait. J’ai même croisé des militants après le Conseil départemental du Mouvement– dont une blogueuse émérite – qui avaient appelé à voter contre son investiture et qui m’ont dit : « finalement, il est pas mal ce type. Il gagne à être connu ». Alors, après les militants, les électeurs ?
En tous cas je trouve que le Modem devrait retenir cet exemple pour envisager le nécessaire renouvellement des cadres, après tant et tant de départs qui laissent le Mouvement quand même bien dépourvu sur le plan de la qualité des ressources humaines. Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de cadres de qualité en interne, je dis juste qu’ils sont bien peu nombreux à avoir l’étoffe pour assumer une campagne et des responsabilités. Après de nombreuses désillusions, François Bayrou a peut être compris que la carte « people » se retourne toujours contre le parti. La solution n’est pas non plus à chercher dans les quelques apparatchiks à bout de souffle du siège – et encore moins dans les quelques élus opportunistes venus à la soupe du centre (tiens, au fait ils sont moins nombreux en ce moment). Ainsi, en Ile de France, Alain Dolium est une excellente trouvaille, devenue absolument nécessaire dès lors que le Président de la fédération de Paris, qui lui possède l’envergure, n’était pas lui-même candidat.
Car on voit tout de suite la différence avec les « professionnels de la politique ». Alain est bien entouré, avec une équipe resserrée et efficace – et même aimable. Avec les gens du sérail, on aurait eu à l’inverse, comme d’habitude : une armée mexicaine, passant son temps à des coups bas en son sein, et méprisant naturellement le militant. Là où le professionnel de la politique fait mine de vous écouter, Alain absorbe comme une éponge les quelques idées ou conseils que vous pouvez lui donner, et il s’en sert. Il ne perd pas son temps dans les jeux stériles pour la composition de telle ou telle liste, ou pour spéculer sur l’avenir d’un éventuel groupe au conseil régional. Bref, il apporte avec lui les méthodes de gestion de l’entreprise que nos amis élus n’ont pour beaucoup jamais connu. Comme il y ajoute un talent naturel pour la communication, pas de doutes Bayrou a eu l’œil du maquignon béarnais repérant la belle bête au comice… Alors évidemment, on lui fera un procès en « incompétence » (un comble quand en face une secrétaire d’Etat fait une erreur si grossière sur la ligne 14 qui devrait la disqualifier définitivement ! Si Alain avait fait la même erreur, qu’aurait-t-on entendu ?) Espérons que le milieu ne le formatera pas trop vite, qu’il saura capter le savoir-faire des vieux roublards d’élus, sans se pervertir. Tout ceci me semble garanti tant que la politique reste pour lui une seconde activité. Ce qui ne l’empêche pas, bien sûr, de voir au-delà des régionales, histoire de décevoir ceux qui croiraient avoir affaire à une simple étoile filante dans le ciel démocrate.
« La peur du déclassement », le statut des uns fait le rejet de la jeunesse (2)
1 Commentaire Publié by JP janvier 29th, 2010 in Identité démocrate, Idées fortes, Positionnements- 1. Le choc de la récession de 1993 (1)
Cette crise se caractérise comme la première à frapper la société française après que celle-ci soit entrée dans l’âge de l’enseignement de masse.
Désillusions de la démocratisation scolaire et arrivée massive dans le secteur publique
La récession de 1993 a eu un impact très violent, notamment pour la jeunesse. En 2 ans, le chômage des jeunes ayant quitté l’école depuis moins de 5 ans s’accroît de + 30 %. :
- C’est le secteur industriel qui est le plus touché car le plus exposé à la concurrence internationale
- Le chômage touche plus les jeunes hommes
- Pour la 1ère fois les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur sont touchés (10 %) dès 1994
- La politique de démocratisation de l’enseignement scolaire et universitaire (début avec J-P Chevènement) est prise à revers
L’accroissement brutal du chômage dans le secteur privé a pour conséquence de pousser les jeunes diplômés vers la fonction publique :
- Or le nombre et la qualité des postes dans la fonction publique restent les mêmes
- La fonction publique intégrait généralement environs 10 % de chaque génération. Près de 25 % des diplômés du supérieurs rejoignaient la fonction publique avant 1993 / on passe à près de 45 % chaque année après 1993
- L’arrivée massive de jeunes diplômés a pour conséquence de nouvelles générations de fonctionnaires surdiplômés (ils sont donc plus diplômés que leurs alter egos du privé et que leurs aînés)
- Avec la récession et l’augmentation massive de diplômés, une partie désormais importante des nouveaux venus fuient le secteur privé pour le secteur public, ce qui pose un problème de « qualité » pour le secteur privé
- Cette arrivée massive de diplômés dans le secteur public provoque une surqualification, un durcissement de la compétition pour les postes à responsabilité et un ralentissement à la progression interne
Résultat :
- Surqualification des nouveaux personnels du secteur public
- Frustration fortement accrue pour ces diplômés ayant rejoint le secteur public (salaires et évolutions)
- Concernant la hiérarchie des salaires : les salariés du public sont l’une des rares catégories à sortir à peu près indemne des crises et années de croissance « molle » / cette hiérarchie pour les salariés des classes moyennes du privé est en chute libre
- Déséquilibre entre secteur privé et public provoquant un changement sociologique radical entre eux et ayant des conséquences politiques profondes
Conséquences politiques et sociales :
- Salariés du publiques vus comme détenteurs d’un statut de privilégiés, notamment en période de crise
- Les crises poussent les gouvernements à restreindre les dépenses, notamment dans le secteur public
- Les salariés du public ont l’impression de payer pour une crise dont ils ne sont pas responsables alors qu’ils ont fait des « sacrifices » en termes d’efforts scolaires et professionnels (sentiment de déqualification)
- En réalité, leurs revenus n’ayant pas baissé mais parfois même augmenté, leur position dans la hiérarchie sociale s’est améliorée
- Les salariés du public aspirent donc à un « néo-socialisme » qui protège leur conditions sociales, voire les améliore, bref préfèrent un Etat planificateur à la « révolution prolétarienne »…
- Le mouvement social de l’hiver 1995 est la conséquence directe pour la protection d’un statut chèrement acquis pour lequel on a sacrifié évolution professionnelle et reconnaissance sociale pour éviter chômage et retraites amoindries
- Division du mouvement social entre un pôle réformiste (CFDT) et un pôle radical (SUD).
- Les classes moyennes de la fonction publique versent dans la radicalité pour la protection de leur statut
- A l’inverse les classes moyennes du privé sont surexposées aux crises et ne peuvent compter sur un Etat dont les ressources fondent et qui est lui-même exposé aux exigences de protections des classes moyennes du public : il y a donc une contradiction sociologique
- Les classes moyennes du public penchent vers un conservatisme de gauche (PS/NPA) et les classes moyennes du privé vers un conservatisme de droite (UMP/FN)
- MoDem et Verts attirent l’électorat des classes moyennes supérieures et intellectuelles du public et les nouvelles classes moyennes du privé (consultants, avocats, ingénieurs)
- Apparaît une autre vision de l’économie avec l’aspiration d’un Etat régulateur du marché et fixant des lois, partenaire des entreprises privées, et l’émergence d’un « patriotisme économique ». C’est une synthèse entre la 2è gauche réformiste, la droite sociale dans le contexte des préoccupations environnementales qui s’inscrivent aussi dans de nouvelles peurs
L’exemple du rejet de l’Europe et du réformisme libéral
Entre la victoire du « oui » pour le traité de Maastricht et celle du « non » du traité constitutionnel, 10 ans se sont écoulés. Et l’évolution sociologique a impacté l’évolution politique. Les classes moyennes et supérieures du public avec les classes supérieures du privé avaient permis la victoire du « oui » à Maastricht. En 2005 :
- Les classes moyennes du privé, les plus touchées par les crises et fluctuations internationales, restent les plus hostiles à l’Europe et au réformisme.
- Mais elles sont renforcées par le tropisme antilibéral des classes moyennes du public qui a fortement basculé dans le « non »
- Et ces nouvelles générations de fonctionnaires se sentent « agressées » par les directives européennes qui « libéralisent »
- Les 2 classes moyennes se retrouvent donc à présent dans leur rejet. C’est une convergence électorale inédite
- En confrontant les jeunes, et notamment à présent les jeunes diplômés, à un marché du travail encore plus fermé, à la rareté des possibilités d’intégration et une nouvelle vague de fonctionnaires surdiplômés, s’est créé une nouvelle fracture particulièrement sensible du paysage social et politique français
La valeur des diplômes
- En 1975, les jeunes sans diplômes étaient 4 fois plus nombreux que les jeunes diplômés / en 2009, les jeunes sans diplômes sans 4 fois moins nombreux que les diplômés du supérieur et trois fois moins nombreux que les simples bacheliers !
- L’accroissement des diplômés a provoqué une valeur exorbitante du diplôme
- Il n’y a donc pas une perte de qualité des diplômés mais une valeur de concurrence extraordinaire entre les diplômes. La situation des diplômés ne s’est donc pas améliorée car le type de diplôme est la nouvelle mesure
- L’informatisation et les délocalisations ont accru une dégradation de la situation des non diplômés
- La compétition scolaire est donc devenue un enjeu démesuré, obsédante. Le poids de la réussite scolaire pèse ainsi plus que jamais sur les familles et les enfants
- Les mieux placés sont ceux qui connaissent le mieux l’environnement scolaire (les familles d’enseignants) et ceux qui ont les moyens de financer les écoles ou prépas les plus chères ou plus longues (les enfants d’ouvriers sont 3 fois plus nombreux au chômage que les enfants de professions intellectuelles et cadres)
- Les enfants d’ouvriers sont donc les plus exposés au chômage et aux postes les moins qualifiés
- Par contre, l’obtention de diplôme élimine les différences sociales d’origine. La « culture » du monde enseignant devient donc un avantage réel (choix des options en vue de collèges et lycées « réputés », fuite vers le privé, puis choix des écoles et prépas)
2. Les enjeux de la récession actuelle
- Les entreprises s’adaptent aux fluctuations économiques en ralentissant le rythme des embauches et en précarisant les nouveaux entrants
- Les classes moyennes se déstructurent : le patrimoine (notamment immobilier) et les études (et moyens pour les études) font la différence
- La gauche réagit en rigidifiant toujours plus le marché de l’emploi pour protéger ceux qui en ont déjà un (1993 : « plans de reclassements ») car les personnes que l’on licencie sont plus visibles que les emplois que l’on ne crée pas et les personnes que l’on n’embauche pas
- Il est plus rentable électoralement d’être le rempart contre les licenciements économiques que de lutter pour l’embauche des jeunes et des anciens déclassés
- Le discours libéral sur la dérégulation (moins de règles permet moins de contraintes à l’embauche) n’opère plus depuis la récession de 1993 (accroissement de diplômés dans le secteur public) et surtout depuis la récession de 2008 (née de la dérégulation financière)
- Le modèle néolibéral s’est immiscé dans la société française : baisse des charges pour les plus nantis, l’individualisation de la société (concurrence entre salariés et chercheurs d’emplois, accession aux marchés financiers sans intermédiaires), la dérégulation économique et le moindre d’Etat, le blocage des salaires des classes moyennes (accru par les 35h) + l’explosion du marché immobilier a pousser ces ménages vers un surcroît d’endettement = a cassé les classes moyennes (2) en différenciant ceux qui possédaient un patrimoine avant l’entrée sur le marché du travail et les autres, et par un alourdissement de la concurrence entre jeunes dans les études
- La notion de « flexibilité » devient centrale :
- Le renforcement de la protection des emplois durcit la polarisation de la société, bloque l’intégration des jeunes mêmes diplômés
- Dans les pays à forts coûts de licenciement, la probabilité d’embauche est la plus faible
- Ce blocage de « nouvelles têtes » empêche l’arrivée de nouvelles idées, techniques, audaces
- La durée du chômage est 3 fois plus longue en Europe qu’aux Etats Unis, le degré d’inégalité entre chômeur et salarié est plus élevé mais l’écart entre salaires est plus faible en Europe
- L’ordre social repose sur des inégalités beaucoup plus statutaires et permanentes en Europe
- Les comparaisons internationales deviennent importantes du fait des délocalisations et des entreprises, et des cerveaux…
- Dans tous les pays, ce sont les salariés du public qui sont les plus satisfaits…
- Ceux qui détiennent un statut (CDI et fonction publique) sont devenus des électeurs conservateurs et peu satisfaits : l’augmentation de la protection suscite un sentiment d’insécurité
- A l’inverse, ce sont dans les pays comme l’Irlande et le Danemark où les emplois sont faciles à détruire que les salariés expriment le moins d’inquiétudes
- Propositions ?
- Abolir les statuts provoquerait de nouvelles inégalités (écarts de salaires, donc capacités d’investissements pour l’avenir inégales entre familles)
- Le Danemark est souvent pris en exemple :
- il y est presqu’aussi facile de licencier qu’aux Etats-Unis mais les chômeurs y sont beaucoup mieux et plus longtemps indemnisé (jusqu’à 4 ans)
- et les chômeurs sont tenus d’accepter les emplois proposés (il y a donc une obligation de proposer un emploi au chômeur)
- une faible protection des emplois et une forte protection des chômeurs contribuent à réduire le coût d’une éventuelle perte de statut
- le « système universel de dotation initial » consiste à donner à chaque personne (à 18 ans ?) un capital de mois de formation, une bourse d’étude, de facilité d’emprunt : mais le coût serait exorbitant et l’on présume que chacun a la capacité d’être l’entrepreneur de sa propre vie
- dans une société à statut telle que celle qui prévaut en France, l’évolution ne peut se faire que progressivement et non par rupture, en donnant un nouveau statut commun aux nouveaux arrivants à une date précise, en y associant tous les syndicats
Conclusion :
- crises et récession ont frappé les jeunes de chaque génération décennale depuis 1974, et la mémoire des crises se diffusent, s’additionnent, avec chacune :
- la crise du milieu des années 1970 a frappé les jeunes non diplômés, alors qu’avant l’accès à l’emploi et évolutions étaient ouverts à tous
- la crise du milieu des années 1980 a frappé les jeunes diplômés se destinant au secteur privé
- la récession de 1993 a créé un secteur public de jeunes surdiplômés
- la récession de 2008 n’apporte pas de possibilités vers le secteur public, sachant que le secteur privé est « sinistré », et les classes moyennes du privé et public se déstructurent au regard des patrimoines économiques et intellectuels déjà existants ou non
- l’école est devenue un enjeu de réussite extraordinaire
- la France, comme nombre de pays d’Europe (Italie, Espagne, Portugal, Belgique, etc.), a créé une société à statuts. Or, les sociétés à statuts comme la nôtre installent dans la vie des enjeux de vie et de mort sociale
- le secteur privé manque de jeunes diplômés et « surdiplômés »
- politiquement :
- classes moyennes du public et du privé se retrouvent dans le rejet de la réforme libérale
- l’addition des électorats jeunes et classes moyennes accentuent le poids des NPA et FN, défiance des jeunes et catégories populaires vis-à-vis des institutions
- la peur du déclassement et surtout celle de ne pas parvenir à un statut provoquent des politiques conservatrices reposant sur les peurs (rigidification des statuts, politique sécuritaires)
- un tel niveau de pessimisme n’avait encore jamais été atteint par le passé
Le cercle vicieux du système social français repose sur une rigidité extraordinaire des statuts. Cette rigidité exclue les « entrants », les jeunes, depuis 35 ans, provoquant un gâchis social et une sclérose économique. Et les diverses orientations de réforme des retraites prouvent particulièrement bien que le monde politique et syndical fonctionne en les excluant (3).
La situation politique figée, rejetée par les électeurs (abstentionnisme, radicalité, « zapping ») est la conséquence de cette société bloquée.
Un système de flexibilité à la danoise semble le plus acceptable pour les Français. Mais pour cela, il faudra une responsabilisation extraordinaire des syndicats et des partis. Cette responsabilisation ne sera possible que dans le cadre d’un exécutif politique rassembleur associant sociaux-démocrates et droite sociale en passant par les écologistes « humanistes », et par là même un exécutif libre du clientélisme habituel. Or, le scrutin majoritaire peut être un frein, voire un blocage si la volonté sarkozienne de le réduire à 1 tour nous est imposée…
Lisez l’ouvrage d’Eric Maurin, il est tellement, malheureusement, une peinture actuelle de notre société française.
(1) Eric Maurin, « La peur du déclassement », Seuil
(2) Louis Chauvel, « Les classes moyennes à la dérive », Seuil
(3) Denis Jeambar & Jacqueline Rémy, « Nos enfants nous haïront », Seuil
« La peur du déclassement » ou la société française à statuts (1)
1 Commentaire Publié by JP janvier 29th, 2010 in Idées fortes, Notes de lectureEn 2009, 300 000 salariés en CDI ont perdu leur emploi et sont à présent au chômage.
Le même nombre de jeunes sont sortis du système scolaire, sont déjà au chômage et fort probablement ne connaîtront pas le « statut » de CDI.
Car c’est de « statut » qu’il s’agit, voici la thèse de Eric Maurin (1) : la structure sociale française repose sur des statuts qui se sont rigidifiés, provoquant une forte dichotomie entre titulaires de « statut » (CDI et fonction publique), et les autres. Les crises économiques, le conjoncturel, aggravent à chaque décennie à la fois le nombre de « hors statuts » et la distance entre ceux qui souhaiteraient décrocher ces statuts et ceux qui les détiennent et paient un prix de plus en plus lourd.
Cette situation provoque, de façon diffuse et ce dans toutes les catégories, « la peur du déclassement » : perdre sa situation, voire l’aggraver.
Caractérisation de « la peur du déclassement » :La peur du déclassement est un phénomène global et diffus. Elle est une variable-clé pour rendre compte du fonctionnement de la politique, de l’économie et de la société française.
En 2007, 0,16 % de la population vit dans la rue / 60 % des Français pensent qu’ils pourraient devenir SDF (48 % en 2006), INSEE.
Etre licencié en France, c’est :
- subir une période de chômage parmi les plus longues des pays développés
- ensuite être condamné à ne retrouver que des formes précaires et dégradées d’emploi
Les familles connaissent aussi le risque de déclassement par le poids des études, nulle part aussi élevé qu’en France d’après l’auteur :
- en 2008, parmi les jeunes sortis de l’école depuis moins de 5 ans, 47 % des non-diplômés étaient au chômage contre à peine 7 % des diplômés du supérieur
- échouer à l’école n’a jamais été aussi « disqualifiant »
Les pays où les pertes d’emploi suscitent la plus grande peur sont paradoxalement ceux où les emplois sont les mieux protégés et les statuts les plus difficiles à perdre : la probabilité de retrouver un emploi protégé y est mécaniquement plus faible, ce qui se perd est beaucoup plus précieux qu’ailleurs.
1. L’émergence d’une société à statut
Les années 1960 et 1970 se caractérisaient par une croissance très soutenue (+ 5,5 % en moyenne/an). Cette période est aussi celle où se crée un droit du travail de plus en plus protecteur pour une partie de plus en plus importante de la population active. C’est ainsi que s’est développée une société de salariés à statut (« protégés de l’arbitraire patronal ») :
- La nécessité de reconstruction, le besoin d’assurer une production soutenue avait provoqué l’ordonnance du « contrôle d’emploi ». Ce contrôle d’emploi servira de fondement légal au contrôle des procédures de licenciement collectif par l’administration
- Création des comités d’entreprise dans les établissements de plus de 50 salariés avec une compétence, consultative mais toujours exercée, en matière économique et sociale
- 1950, création du SMIG (salaire indexé sur le coût de la vie)
- En 1969, obligation d’informer et de consulter les représentants du personnel avant de procéder à des licenciements, jetant les bases d’une doctrine où le reclassement des salariés se conçoit avant tout dans les entreprises, en amont des licenciements effectifs. La priorité est donnée à la protection de ceux qui ont un emploi plutôt qu’au soutien et à la formation de ceux qui n’en ont pas encore ou plus.
- 1970, création du SMIC (indexé sur l’inflation + le salaire moyen)
- En 1973, remplacement de la notion de « louage de service » par celle du « contrat de travail » : qui ne peut se rompre qu’au terme d’une procédure précise. La loi institue par la suite le principe de préavis et d’indemnités de licenciement (durée et montant liés à l’ancienneté)
- 1974, nécessité d’obtenir une autorisation administrative préalable au licenciement économique. Abrogée en 1986, toutefois en 1993 une nouvelle loi oblige l’employeur à définir et négocier des plans de reclassement avec droit des salariés de les contester.
Cette situation d’un tel contrôle administratif est unique dans les pays occidentaux (excepté l’Espagne).
Surtout, ce n’est pas le démantèlement des statuts qui a précédé la montée du chômage, mais bien au contraire l’émergence du chômage de masse qui a entraînée un renforcement des protections des salariés.
De même, le coût réel pour l’employeur d’une embauche au salaire minimum double entre le début des années 1970 et le début des années 1980, en même temps que s’accroissent la longueur et le coût potentiel des procédures de licenciement…
Une contradiction structurelle s’est installée : le système social conçu dans une période de rattrapage industriel rapide et une ère complètement nouvelle de développement économique, à parti de 1975. Chaque décennie connaîtra sa récession.
Jusque la fin des années 1990, la population française n’est prête ni intellectuellement ni politiquement à un quelconque redéploiement des protections acquises dans l’immédiat après-guerre.
Nouvelle donne sociale : croissance faible/récessions décennales/chômage structurel
Après le choc pétrolier de 1973-1974, une nouvelle phase de croissance économique apparaît (progression annuelle de près de 4 %). Or, le chômage des jeunes sans qualification (majoritaire parmi les jeunes travailleurs) continue inexorablement de monter, doublant en quelques années (13 % en 1975 / 22 % en 1980).
Les « jeunes » sont les premières victimes de cette « rigidification » du marché du travail. Pour que leur main-d’œuvre soit attractive, donc productive, il eut fallut que le nombre d’années de formation des jeunes entrant sur le marché du travail augmente d’un an tous les ans…
Raymond Barre, conscient de cette « rigidification » et de la structure du travail et des esprits, avait tenté de la contourner par le CDD. Le but était de créer une introduction au marché du travail pour les jeunes et tous ceux qui ne pouvaient accéder aux « statuts ». Mais les socialistes en 1982 vont « cadrer » ce CDD en le limitant (temporaire et 1 fois renouvelable).
S’oppose ainsi deux conceptions, ou plutôt deux « préventions » : empêcher le recours abusif à des emplois temporaires / ne pas freiner l’embauche.
Mais le constat demeure : les différents types de contrats perpétuent une forme proprement française d’inégalité entre les individus par le degré de permanence des protections accordées par la société : le statut.
L’accès à un emploi protégé diffère selon l’état d’origine : au début des années 2000, 15 % des chômeurs arrivent d’une année sur l’autre à obtenir un emploi protégé, contre plus de 30 % des personnes en CDD. En même temps, 22 % des personnes en CDD à une date donnée sont au chômage un an plus tard, contre près de 65 % pour des chômeurs.
Ainsi, les CDD sont deux fois plus proches d’un CDI et trois fois plus éloignés du chômage que peut l’être les personnes au chômage à la même date.
A la différence de l’Ancien Régime où se transmettait par héritage les « offices » (statuts et fonctions), chaque génération doit conquérir son statut, diffusant tout un ensemble de peurs pour tous :
- Peur de ne pas acquérir de statut
- Peur de perdre le statut acquis
- Peur de voir ses enfants durablement marginalisés rendant l’autonomie impossible
Toutefois, jusqu’à la récession de 1993, le risque de perdre un statut protégé est rare (4 % d’ex CDI). En fait, dureté et rareté caractérisent le déclassement pour les statuts protégés : rareté de perdre le statut, mais perte totale quand on ne l’a plus. Le sentiment de peur est donc plus diffus que celui de la colère.
Surtout, chaque nouvelle récession creuse des inégalités nouvelles entre les individus : le fossé s’approfondit structurellement entre les catégories après avoir succédé à des difficultés temporaires liées à la conjoncture d’une récession.
Le CDD est peu employé à cause de sa rigidité, il plafonne à 6,9 % (2,1 % pour les intérimaires) : les coûts d’ajustement et d’intégration sont devenus prohibitifs, sachant qu’aucunes des compétences spécifiques qui s’accumulent avec le temps ne sont possibles.
En cas de crise, ces CDD servent de variable d’ajustement en tarissant leur source. Ainsi, le statut réel du CDD varie fortement selon la phase du cycle économique. Mais la récession de 1993 va réduire la capacité du CDD à faire passerelle vers le CDI (21 % en 1991 / 13 % en 1997).
Avec les récessions, les personnes n’ayant pas de CDI subissent un déclassement rampant, voyant s’éloigner, et pour un certains nombre d’années, toute perspective d’intégration.
La Relégation de la Jeunesse
Notre société à statuts et aux « rangs » a pour contrepartie la relégation des nouveaux arrivants (les jeunes) dans les antichambres de la citoyenneté sociale.
La relégation des jeunes est l’impact le plus violent et le plus « structurant » de notre société.
Le CDD avait été conçu à partir du constat que les retours de croissances n’endiguent pas les hausses permanentes du chômage des jeunes. Ainsi, à la fin des années 1980, le taux de chômage des jeunes passe de 25 % à 15 %, reflux qui s’observera à la fin des années 1990.
Mais l’essentiel des chocs économiques est directement encaissé par les nouveaux arrivants, malgré l’instauration du CDD et intérimaires.
Entre 1975 et 1980, le chômage des jeunes ayant moins de 5 ans d’ancienneté passe de 7,8% à 15,4 %, quand il passe de 3 à 4 % pour ceux qui ont 10 à 15 d’ancienneté. Cette aggravation inégalitaire se retrouve lors de la récession du début des années 1990.
Cette inégalité structurelle subie par les jeunes et les non diplômés a une conséquence politique : Jean-Marie Le Pen au 2d tour des présidentielles de 2002. L’envolée de l’abstention et la percée de l’extrême droite au sein de l’électorat populaire dans les années 1980 montrent ce que peuvent être les ravages politiques d’une montée effective du déclassement (à noter l’exemple temporaire du poujadisme dans les années 1950 traduisant le déclassement subi par les classes moyennes non salariées – artisans et commerçants – au sein de la société salariale).
Et la « peur du déclassement » s’inscrit tout au long de la vie : on commence par la peur de ne jamais trouver sa place, puis par celle de perdre les protections acquises, et enfin par celle de ne pas pouvoir transmettre à ses enfants de protections.
La société à statuts est particulièrement difficile à transformer parce que toute réforme paraît léser une génération au profit de l’autre.
De plus, la menace de déclassement menaçant toutes les générations et toutes les catégories, le sentiment d’injustice est diffus en cas de réforme.
Nouvelle conséquence sur la jeunesse : les enfants ne peuvent maintenir leur rang qu’au prix d’une lutte scolaire incertaine et sans merci.
L’Individualisation de la société
Le marché des capitaux comme les relations sociales se sont profondément individualisées. L’individu a un accès direct au marché, il ne dépend plus d’une institution (2). Il peut ainsi s’enrichir… comme être ruiné.
De même, chacun s’est retrouvé en concurrence direct avec tous les autres, et les syndicats se sont fortement affaiblies : les relations d’emplois se sont individualisées, la mise en concurrence est devenue un principe de gestion.
Cette individualisation des relations sociales est un terreau sur lequel la peur du déclassement s’est généralisée.
(1) Eric Maurin, « La peur du déclassement », Seuil
(2) Jean Peyrelevade, « Le capitalisme total », Seuil
Débauchages et ralliements opportunistes : un grand classique
19 Commentaires Publié by Juste milieu janvier 17th, 2010 in Identité démocrateSégolène était heureuse hier, elle avait elle aussi, comme Sarkozy, sa prise de guerre avec le ralliement le matin même de son meeting du Président du Modem de Charente Maritime . Ceci alors que les adhérents de Poitou Charentes avaient quelques semaines plus tôt ratifié le choix de leur tête de liste autonome. Marielle de Sarnez a raison de parler de débauchage, c’en est ! Mme Royal a fait son marché en promettant un groupe de 5 élus pour le Modem . Ce type de mouvements quelques semaines avant une élection est extrêmement classique . Simplement auparavant les centristes étaient débauchés par l’UMP, cette fois ci c’est par le Parti Socialiste voire pour quelques individualités par Europe Ecologie (qui au demeurant a plutôt récusé un certain nombre de personnalités demanderesses se réclamant du Modem ou de Cap 21) . Quand on assiste à ce type de ralliement strictement opportuniste on se dit que l’on a pas fait tout ce chemin vers l’autonomie politique pour aboutir à cela . Le MOdem traverse, en tant que Parti, il ne faut pas se le cacher une phase difficile depuis les élections européennes et trop de cadres départementaux ne sont bien souvent pas à la hauteur du défi immense qui est le leur : construire un Mouvement politique pour affronter en 2012 le combat ultime de la conquête. Certains perdent pied, d’autres changent de casaque du jour au lendemain (généralement de l’orange au vert et au rose maintenant) au gré des sondages et en offrant leur (tout petit) titre politique ou mandat électif comme caution sans en référer à leurs mandants . Le management des ressources humaines au Modem n’est peut être pas son fort , on l’accorde. Ceux qui restent ou qui nous rejoignent, car il y en a bien évidemment, en sont d’autant plus méritants . Mais ceux là sont motivés par les convictions et par l’espoir .
Comprendre le Proche et Moyen-Orient aujourd’hui,à travers la dynastie des Hachémites
0 Commentaires Publié by JP janvier 14th, 2010 in Idées fortes, Revue de presseUn ouvrage passionnant pour comprendre le Proche et Moyen Orient : « la saga des Hachémites », écrit par Rémi Kauffer (1). Ce livre extraordinaire nous explique, à travers la dynastie des Ben Hachem, descendant du Prophète, les origines des crises géopolitiques de la région : conflit israélo-palestinien, instabilité irakienne, wahhabisme en Arabie « Séoudite », conflit d’influence sunnite/chiite, communautés libanaises, etc…
Pour résumer un peu le livre, grâce à leur alliance avec les Britanniques et les Français, Hussein ibn Ali et ses fils ont combattu les Turcs sur toute la zone de la péninsule arabique et du Proche-Orient durant la 1ère guerre mondiale. Les victoires militaires, avec l’aide des Anglais et notamment le célèbre Lawrence d’Arabie, et les Français qu furent aussi souvent décisifs (Brémond, Reguieg et Raho) ont permis au père, chérif de La Mecque. Il se couronnera roi du Hedjaz, partageant une petite partie de l’île des Arabes (péninsule arabique) avec l’ennemi juré, Ibn Séoud. La famille des Séoud est liée au wahhabisme, tenant « d’une version ultrarigoriste de l’islam sunnite ».
Le shérif placera ses fils à la tête de différents royaumes, créant un « empire » hachémite : Fayçal en Syrie puis Irak et Abdallah en Jordanie.
Les atermoiements britanniques, hésitant entre les « bureaux » du Caire et d’Inde, verront les soutiens « onduler », se diversifier, s’engageant pour toutes les parties prenantes (soutien aux « sionnistes », parfois aux Séoud, à la France au Liban) et fragilisant trop souvent la maison des Hachem. Les Américains, pour leur part, cherchaient à s’implanter dans la zone, notamment pour son pétrole, et s’entendaient bien avec les wahhabites, pendant que les Français voulaient s’adjuger le contrôle du Liban et de la Syrie (suscitant un nationalisme arabe anti-occidental en Syrie, aggravant les tensions entre communautés au Liban).
Les puissances occidentales ont donc joué avec le feu, incapables d’asseoir une stabilité hachémite, incapables de comprendre les mouvements wahhabite et fondamentalistes musulmans, incapables de se retenir d’une vision colonialiste en imposant « leur » Etat d’Israël malgré l’entente des juifs et d’Abdallah et provoquant l’émergence d’un nationalisme arabe, incapables de percevoir les qualités politiques d’un Fayçal ou d’un Abdallah (dont les descendants règnent toujours en Jordanie).
On imagine ce qu’aurait pu être une région hachémite pacifiée, à l’Islam puissant et modéré, amie d’une Israël intégrée dans son espace… Mais ce n’est, encore ?, que de l’imagination.
Un résumé reste un résumé, partiel, rapide. Il faut lire ce livre, réellement éclairant sur la géopolitique arabe.
(1) Rémi Kauffer, « La saga des Hachémites, la tragédie du Moyen-Orient, 1909-1999″, Stock
L’émergence libérale au sein de la droite française par Philippe Benassaya, jusqu’à la pente néolibérale
0 Commentaires Publié by JP janvier 12th, 2010 in Notes de lectureJ’avais connu pendant quelques temps l’auteur, Philippe Benassaya. Un gars d’envergure, plein de qualités, et parfois les gâchant. Il est des promesses qui ont du mal à éclore.
En tout cas, son livre (1) est un véritable outil pour comprendre l’émergence de l’idéal libéral au sein de l’UDF. Philippe a croisé, rencontré les acteurs de l’époque. Il en a conçu, dans une écriture vive, un livre exprimant les réalités, forcément subjectives, des acteurs de cette période : de la création de l’UDF à sa fin, et de ses fins. Surtout la « secousse » d’une nouvelle génération : François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet, mais aussi Claude Malhuret. Sans compter les parallèles François Bayrou, Bernard Lehideux, notoirement VGE et autres.
Tous ces acteurs ont produit une nouvelle phase de l’UDF, une dynamique souvent séduisante.
Originellement historien de formation, Philippe sait reconstituer les enjeux de l’époque et inscrire son enquête, sur cette nouvelle génération et son identité libérale. On y voit clairement les dynamiques structurelles et individuelles. On lit en filigranes les différences entre futurs démocrates et libéraux, et surtout « néolibéraux », ce qui différenciera MoDem et UMP.
L’auteur sait aussi rappeler l’identité libérale européenne (2) par rapport à l’américaine (chapitre « la folie libérale » avec les mots notamment de Raymond Aron).
Si parfois il tend à montrer les travers aussi de cette génération, ses échecs (notamment dans leurs ambitions), il aurait été particulièrement intéressant de souligner certaines déviances de ce courant, ou de certains de ses acteurs.
Si l’UDF avait donné, ou plutôt redonné, sens à l’idéal libéral, dans sa tradition européenne, elle a aussi introduit le courant « néolibéral ». Cette nouvelle génération n’a pas vu, ou voulu voir, les ravages économiques, sociaux et écologiques (3) des néolibéraux aux Etats-Unis à partir de l’ère Reagan : défiscalisation, dérégulation, affaiblissement des capacités de l’Etat, destruction des classes moyennes et son endettement, surconsommation, ravages des ressources.
On est passé d’un capitalisme industriel à un « capitalisme actionnarial », avec la volonté fondamental d’externaliser jusqu’aux délocalisations, désindustrialisant Etats-Unis et Europe, transférant savoirs et capitaux.
Livre utile donc, et qui suscite des attentes et interrogations.
(1) Philippe Benassaya, « Les hussards perdus de la République, l’échec de la droite libérale », Bourin éditeur
(2) Alain Madelin (sous la direction), « Aux sources du modèle libéral français », Perrin
(3) Daniel Cohen, « La prospérité du vice », Albin Michel
Quelques souvenirs de Philippe Séguin
6 Commentaires Publié by Juste milieu janvier 8th, 2010 in Identité démocrateComme JP et comme Mesina, j’ai une certaine admiration pour Philippe Séguin étayée par quelques souvenirs personnels . Tous trois UDF et centristes européens, rien ne nous prédisposait à admirer ce gaulliste anti-maastrichtien et jacobin. Et pourtant …
Ma première rencontre avec ce grand serviteur de l’Etat relève du comique à la Audiard…
J’étais alors membre des jeunes radicaux et le Président du Parti radical , André Rossinot, avait invité en 1987, à l’Université de Printemps de ce parti, Séguin le ministre des Affaires Sociales , son collègue au Gouvernement sous la première cohabitation. Entre deux sessions, Philippe Séguin quitte l’estrade pour se rendre aux… toilettes de ce grand hôtel de Chamonix. J’y étais moi-même depuis quelques instants ! Philippe Séguin s’avance vers un objet en émail blanc que Marcel Duchamp a élevé au statut d’œuvre d’art et d’icône dadaïste…J’assiste à la scène. Il est manifestement suivi par un militant qui veut profiter de ce moment hors programme officiel où le ministre est sans garde du corps ,pour l’entretenir d’une intervention personnelle…
Le militant tente de lui parler alors que Séguin a autre chose à faire … Il commence à évoquer la requête qu’il a adressée au ministère, un courrier ou un appel téléphonique restés sans réponse et l’apostrophe : « il faut dire qu’il est très difficile d’entrer en contact avec vous » et Séguin de répondre avec son plus large sourire « oui c’est exact , surtout ici et en ce moment ! » . Je me suis demandé après comment ce serait passée la même scène avec le Ministre de l’Economie et des Finances de ce même gouvernement…
La deuxième rencontre sera beaucoup plus politique et sérieuse. Elle se déroule pendant la campagne municipale parisienne de mars 2001. Pour ceux qui s’en souviennent , après un premier tour de piste, Philippe Douste Blazy , numéro 2 de l’UDF renonce, un an avant le scrutin, à monter des listes car il n’a pas reçu la certitude d’un soutien conjoint de Chirac, Balladur et Tibéri… pour une liste d’union RPR / UDF qu’il mènerait. Il se murmure depuis que Jean-Louis Borloo, alors proche de François Bayrou, pourrait si il est soutenu par l’UDF se présenter au nom de celle-ci face à la liste RPR qui pourrait être menée par Philippe Séguin…
Entre temps la plupart des responsables de l’UDF Paris ont déjà noué des contacts avec Séguin qui est donné gagnant par les sondages . En particulier Jean-Dominique Guliani, figure influente du centrisme parisien ancien Directeur du cabinet de René Monory au Sénat, qui a publié dans le Figaro une tribune sans équivoque sur le soutien nécessaire au candidat Séguin. La candidature Borloo devient donc vite caduque … On peut rétroactivement se demander si une candidature UDF Borloo aurait pu faire la différence avec Séguin , marcher sur les plate bandes de la gauche et des écolos et triompher de Bertrand Delanoë . C’est possible mais pas certain car Jean Tibéri aurait de toute façon fait des listes…
Et c’est ainsi que je me retrouve avec les amis cités plus haut dans la campagne parisienne de Philippe Séguin qui a associé l’UDF en qui au demeurant il a alors une confiance peut être plus grande que certains responsables parisiens du RPR ou du RPF . Le RPF est le Parti récemment créé par Charles Pasqua qui a fait un malheur aux européennes de 1999 battant la liste RPR-DL …
Nous n’avons pu qu’admirer alors le courage de Philippe Séguin, sa volonté de mettre fin au système en place à bout de souffle et de rénover les institutions parisiennes . Son écoute face à nos demandes, sa popularité dans les quartiers populaires métissés mais ou trop peu de visage souriants se traduiraient en vote… Sa meutrissure face aux coups bas de son parti et aux refus de soutien des hautes personnalités qui aujourd’hui lui rendent un hommage trop appuyé …
Longtemps il a attendu le signal d’en haut que cesse la dissidence suicidaire menée par le Maire de Paris sortant avec le soutien de quelques affidés venus d’ailleurs pour certains de l’ex UDF ou qu’une discipline républicaine prévale pour le deuxième tour. Majoritaire en voix l’ensemble des listes Séguin et « Tibéri-Dominati-Pasqua » furent laminées en siège. En se maintenant côute que coûte au deuxième tour les listes Tibéri ont qui plus est fait perdre de précieux sièges à l’alliance RPR-UDF ainsi dans le 11ème ou il n’obtinrent qu’un modeste siège de conseiller d’arrondissement et donnèrent à la liste Delanoe 10 sièges de conseillers de paris sur 11 ! . On a dit que Philippe Séguin avait fait une mauvaise campagne , il fit plutôt une campagne trop ambitieuse et orgueilleuse , comme sa volonté de ferrailler dans le XVIII ère arrondissement, celui de Delanoë, en place secondaire avant de se raviser puis d’être tête de liste . Battu Philippe Séguin resta au Conseil de Paris une année avant de démissionner car désavouant la création de l’UMP…
Je garde le souvenir attachant de ce personnage et de notre campagne de Don Quichotte, d’un dîner avec notre liste à Belleville, d’ un échange de correspondance chaleureux après une première visite de terrain, d’un whisky qu’il m’avait offert à son QG mais que j’avais décliné vu l’heure encore matinale, et la dédicace de son livre récit sur cette campagne passée qu’il me fit, à ma demande, pour mon ami Mario Stasi, l’un de ses mousquetaires dans le centre de Paris pour cette campagne mémorable.
Philippe Séguin, le départ du dernier gaullien de l’UMP ?
4 Commentaires Publié by JP janvier 7th, 2010 in évènementsC’est avec tristesse que j’apprends le décès de Philippe Séguin. Il était l’un des rares de l’UMP pour lequel j’avais beaucoup de respect. Sa vie d’élu, de ministre, de président de l’Assemblée puis de 1er président de la Cour des Comptes, fut exemplaire.
Je me sentais proche de ses valeurs, excepté sur l’Europe. Et encore, je crois qu’il avait quelque peu évolué, tout comme moi d’ailleurs : la déviance « néolibérale » avec ses déréglementations, additionnée à une technostructure étouffant notre démocratie, appellent à prendre une nouvelle voie pour l’Europe et sa nécessaire création politique.
Je l’avais croisé et un peu fréquenté lors d’une élection, puis dans un hémicycle. Mon respect et mon estime s’étaient accentués à son contact. Son sens, ses valeurs de l’Etat, de la volonté politique, de la République, me le rendaient « sensible ».
Il est à espérer que le Mouvement Démocrate incarne ces valeurs en déshérence, surtout à l’UMP.
Le départ d’un des derniers gaulliens de l’UMP ?
Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy : les gouttes qui font déborder la vase
2 Commentaires Publié by JP janvier 5th, 2010 in Identité démocrate, Idées fortesJ’attendais que l’actualité ait abandonné le sujet pour l’aborder : les « affaires » Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy.
Nous avons été abreuvés sous les différentes déclarations et atermoiements. Avec la distance du temps, revenons un peu sur ces mini évènements pour en tirer quelque leçon. Je sais que le net en général et les blogs en particuliers sont des outils de l’instant. Pour ma part, le net, et ce blog, sont ce que nous voulons qu’ils soient et je préfère parfois attendre pour mieux voir les méandres des agissements de chacun plutôt que toujours verser dans la « réaction ».
Tout d’abord, l’affaire Mitterrand. Le ministre de la Culture fait une déclaration aux médias pour dénoncer l’arrestation de Polanski par les méchants Américains, en relation avec des actes de pédophilie.
Les médias, la gente politique, s’expriment plus qu’à leur tour, pour dénoncer ou soutenir le ministre, qui soutient le cinéaste, qui ne se soutient plus beaucoup… Mais surtout, le virage pris est celui de la pédophilie « soupçonnée » de Frédéric Mitterrand. Marine Le Pen et son alter ego socialiste, Benoît Hamon, mettent en cause le ministre de la Culture à cause d’un livre où il y décrivait la misère de son tourisme sexuel.
Pour le coup, on la sentait bien la meute !
Et le Frédéric de faire son mea culpa en direct à la télévision, de se foutre à poil devant tout le monde, récompensant le voyeurisme du téléspectateur français.
Puis l’affaire Jean Sarkozy :
Le fils de, conseiller général des Hauts de Seine, se veut président d’une des plus grande S.EM (société d’économie mixte) de France.
Pareil : déclenchement du crépitement médiatique, expressionnisme suiviste des politiques. Comment peut-on reprocher la nomination d’un jeune à la tête d’une grande entreprise ? N’est-ce pas faire du délie de sal gueule ? De l’anti-jeunisme ?
A la fin de la comédie, celle-ci ayant virée dramatique, le Président Sarkozy recule et fait renoncer le fils.
Dans le 1er cas, l’affaire Mitterrand, médias et politiques ont dévié du sujet pour mettre en cause l’identité sexuelle d’un homme. Or, je me fous royalement qu’un politique soit homo, hétéro, ou je ne sais quoi encore. J’attends d’un politique qu’il soit compétent, responsable et honnête.
Frédéric Mitterrand est-il compétent en tant que ministre de la Culture ? Pour l’instant, il est un peu tôt pour répondre, mais par contre je le crois volontiers expert de la culture.
Se comporte-t-il de façon responsable ? Je crois qu’il n’y avait pas encore de reproches à lui faire.
Par contre, je considère profondément malhonnête de soutenir un cinéaste parce qu’il est cinéaste, parce qu’il est connu.
Voilà le vrai scandale !
Polanski a à répondre devant la justice américaine. Que celle-ci ait un fonctionnement parfois particulier, c’est un fait. Mais qu’il assume ses responsabilités pour des actes de pédophilie qui ne sont pas niés.
Mais que le ministre de la Culture de la France se commette à soutenir un coupable (il a été jugé) parce que celui-ci est une star est écœurant.
Comme étaient écœurant les propos, attendus, de Marine Le Pen, et ceux, moins attendus, de Benoît Hamon. Le porte-parole du PS s’est ridiculisé en participant à la curée lancée par la fille Le Pen. La presse s’est fourvoyée en oubliant le fond du problème : un ministre soutient un coupable parce qu’il est une star, pour alimenter le soupçon minable. Preuve d’une vision d’une justice pour les siens et pour les autres…
Frédéric Mitterrand a assumé au grand jour son homosexualité. Et les Français, en majorité (tant pis pour les « beaufs ») se moquent bien qu’une personne soit homo ou hétéro. Ce que nous ne pouvons supporter, c’est la pédophilie. Et le traquenard était là : si le Frédéric est homo, pourquoi ne serait-il pas pédophile ? Le mot utilisé de « garçon » dans son livre sur le tourisme sexuel en serait une preuve… Or, les homos disent justement « garçons » quand ils parlent d’eux-mêmes. C’est d’ailleurs souvent ainsi que l’on devine le penchant sexuel d’une personne : un homo dira « garçon » quand nous dirons « homme », et plutôt « femme » d’ailleurs…
Pour le cas Jean Sarkozy, le pouvoir n’a pas réussi à dévier la réalité du problème : il ne s’agissait pas de délit de sale gueule mais de népotisme : Jean était choisi car fils de … Où seraient ses compétences pour remplir une telle responsabilité ? A 24 ans, être multi redoublant, en simple 2è année de droit n’est pas une preuve de compétence, bien plutôt ! Surtout quand les moyens ne manquent pour effectuer un cursus honorum.
Je ne dis pas non plus que seuls les diplômés sont compétents : mais chaque fonction exige des compétences particulières. En l’occurrence, diriger une S.E.M d’une telle ampleur nécessite d’avoir des compétences intellectuelles particulières que les études et l’expérience apportent.
Peut-on être médecin sans faire d’études de médecine, et ce du jour au lendemain ? Avocat sans faire son droit ? Architecte ou ingénieur sans études ?
Peut-on diriger une SEM d‘aménagement urbain sans connaître le droit, la gestion, le management, voire… l’urbanisme ?
Quand on compare avec tous ces jeunes chômeurs diplômés, surdiplômés même souvent à présent, à qui l’on demande 5 ans d’expérience en sortant juste de l’école…
Je veux bien que le fils soit doué, mais le don sans expérience, à ce stade, c’est catastrophique. Quant au don, ses piètres résultats individuels, donc scolaires puisque là le père ne peut se substituer ou aider le fils, ne plaident pas en faveur, justement, du fils…
« Savoir, c’est se ressouvenir (1)»
De ces deux cas, il ne sera pas possible aux Français de prétendre, lors des échéances électorales, qu’ils ne savaient pas…
1. La politique sarkozienne est une négation de la République (2). Le mérite est nié pour la famille, les amis. Dans les 2 cas, Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy, l’appartenance à un clan, un réseau, une famille, l’emporte sur la justice et la compétence. La nomination du président de France Télévision par le Président de la République, la politique fiscale (TVA des restaurateurs, transfert des patrimoines, bouclier fiscale), les « copinages » (vacances sur un yacht d’un prestataire de l’Etat, amitiés avec les propriétaires de médias et autres entreprises), transforment la France en quelque chose d’à la fois médiocre et dangereux. Il n’y a pas de problème d’identité nationale, il y a un problème de l’Etat, de la République.
2. Le PS s’est montré à la hauteur de ce qu’on attend dorénavant : niveau caniveau. L’attitude et les propos du porte-parole du PS, la reconduction de G. Frèche pour les régionales, nous indiquent combien le PS est de venu un parti inutile (3), « boulet » face à la nécessaire opposition à la politique sarkozienne
3. Face à une situation qui lui échappe, N. Sarkozy veut travestir notre démocratie en éliminant « l’autre ». Par la réforme du scrutin à 1 tour, il protège UMP et PS, qui représentent moins d’un électeur sur 2. Le pouvoir ne pourra ainsi lui échapper. L’on devra ainsi être bêtement de droite ou bêtement de gauche, ce qui ne sera pas alors bêtement centriste. Quand on se souvient des plaidoiries moutonnière des ministres et élus UMP, de leur sens de la soumission intéressée, on se dit que la politique à la pravda à encore de beaux jours…
Or réduire à 2 l’expression politique c’est se garantir un clientélisme absolu. En pensant aux électeurs de Le Pen, aux classes moyennes du privé, atteintes par l’impact de l’économie internationales et 1ères victimes des crises et récessions économiques, abandonnées par l’Etat qui s’appauvrit car soumis aux dépenses pour les classes moyennes du public (les « acquis ») et la défiscalisation des plus aisés… bref, ces électeurs qui avaient voté pour N. Sarkozy dernièrement, je me dis qu’ils n’ont pas fini d’être cocus.
Surtout, il n’y a pas plus anti-gaulliens que ces néo-gaullistes…
(1) Platon, « Phédon »
(2) François Bayrou, « Abus de pouvoir »
(3) Jean-François Kahn, « Pourquoi il faut dissoudre le PS »





